Blonde, Didier
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Un Paris de domiciles et de deuil. Didier Blonde a suivi Baudelaire à travers une quarantaine de domiciles (il déménage six fois en un mois en 1855), souvent pour fuir les créanciers, et par instabilité profonde. Retourner sur ses traces fait faire l'expérience du deuil : le Paris de son enfance a disparu, une adresse sur deux subsiste, souvent en façade. Il est mal enterré (stèle dominée par le beau-père Aupick, son nom coincé entre le sien et celui de sa mère, pas de tombe du père) ; son nom est massacré. Il habite la rue, lieu de refuge qui lui permet de disparaître, et pour Asselineau, son ami, il y a chez lui « une œuvre vécue » avant l'œuvre écrite.
La ville, le chantier, l'exil sur place. Pour Bonnefoy comme pour Blonde, le Paris des chantiers haussmanniens est le prisme de l'expérience poétique ; la ruine, la démolition sont au cœur de l'œuvre. « Le Cygne », au Carrousel, dit son exil : il est exilé sur place, du Paris qu'il a connu. Près de Saint-Lazare, la modernité par excellence, il est nostalgique. Paris n'est jamais décrit en soi mais chargé de sentiments, vu de loin (panoramas) ou au pavé (la passante, les petites vieilles, le saltimbanque). Blonde voit en lui un architecte plus qu'un ouvrier (le sonnet comme architecture, la beauté des échafaudages) et le dernier visage presque fantomatique de « La Musique aux Tuileries » de Manet, lui qui a refusé la photographie.
La piété selon Deguy. Pour Deguy, Baudelaire reste chrétien (le péché originel, les « fleurs du mal »), mais la modernité le prive d'un monde habitable (« le monde est devenu pour moi inhabitable », la fin de Mon cœur mis à nu). Son livre part du dernier vers de « La Servante au grand cœur » (« Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse ? ») : que faire de la piété quand le poète n'est plus pieux ? Deguy la rapproche de la Pietà de Michel-Ange, et regrette la désaffection pour l'apprentissage par cœur, qui menace la transmission. La modernité baudelairienne serait une dualité, une moitié de tradition et une moitié de fugitif, la même chose en vers et en prose.
Excerpts
“« la rue est par excellence le lieu parisien le lieu de la rencontre poétique c'est là que tout se passe »”
“« lui il est un exilé sur place il est exilé du pari qu'il a connue avant »”
“« la rue est un lieu de refuge qui lui permet de disparaître de devenir invisible »”