Backès, Jean-Louis
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Core ideas
Un crime qui sort du brouillard. Backès refuse l'idée que Raskolnikov déduise son crime d'un calcul (« arithmétique » de l'étudiant au bistrot) ou d'une théorie. Le texte décrit le meurtre avec précision mais dans un état quasi second (le chiffon rouge, « je perds la tête »), et l'article sur le droit au crime n'est jamais cité, seulement discuté ; la scène de l'aveu à Sonia montre que les paroles sont impuissantes à justifier l'acte. Il rappelle la pièce de l'Odéon de 1888 (Le Crime et le Châtiment, avec neige et bistro vraisemblable) pour montrer l'absurdité d'une lecture psychologique ou de drame bien fait. L'acte est fondateur : les forces viennent à Raskolnikov au moment où la hache touche le crâne. Les notes de Dostoïevski mettent au point de départ le rêve du petit cheval battu à mort (un souvenir d'enfance, témoin bouleversé d'une cruauté absurde, soutenue par la foule) et Marmeladov, rencontré dans un bouge, avec son calembour horrible sur la propreté de Sonia.
Hommes ordinaires, hommes extraordinaires. La discussion avec Porphyre Petrovitch (qui ne voit pas Napoléon assassiner une usurière) et l'extrait de Nietzsche sur le criminel comme « homme fort rendu malade » par la société posent la question d'une légitimité du crime des « extraordinaires ». Backès note que Raskolnikov ne se conçoit pas clairement comme tel, qu'un tel crime, « crasseux », manque d'allure, et que personne ne juge la légitimité. Dostoïevski se souvient de La Maison des morts : le peuple russe appelle les forçats « les malheureux » (Tchekhov à Sakhaline aussi), et non « les criminels » ; la responsabilité n'est pas comprise comme dans le droit occidental. Sonia veut que Raskolnikov avoue pour le ramener dans la communauté des humains dont il s'est séparé.
Doubles et incarnation. Svidrigaïlov, le suicide et la liberté (un passage sur le désir de l'air libre), les rêves : le crime est sans cesse revisité (cheval, usurière, aveu). La scène de l'aveu fait que Sonia prend l'attitude de Lisaveta, la seconde victime, avec une peur d'enfant : cela se joue au-delà des individus. Sonia lit la résurrection de Lazare et devient Marie. Pour Backès, avec Bakhtine, les personnages sont des points de vue sur le monde et la vie, incarnés dans l'espace (composition de lieu, comme chez Ignace de Loyola), non des thèses : Dostoïevski a écrit des romans, non ses idées du Journal d'un écrivain. À la fin, Raskolnikov prend le chemin du bagne avec Sonia : début d'une résurrection.
Excerpts
“« Sonia veut ramener Raskolnikov qui s'est séparé de l'humanité par son geste veut le ramener dans la communauté des humains »”
“« ne disent pas les criminels ils disent les malheureux »”
“« ce sont des points de vue sur le monde et sur la vie »”