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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Barret-Kriegel, Blandine & Errera, Roger & Ferry, Luc & Enegrén, André & Donzelot, Jacques

Barret-Kriegel, Blandine & Errera, Roger & Ferry, Luc & Enegrén, André & Donzelot, Jacques

Barret-Kriegel, Blandine: philosophe

Errera, Roger: juriste, interlocuteur de Hannah Arendt en 1974

Ferry, Luc: philosophe

Enegrén, André: auteur du premier ouvrage français sur Arendt

Donzelot, Jacques: sociologue

Le producteur est mal restitué (Pascal Werner ?). On entend en archive l'entretien de 1974 avec Roger Errera, le réquisitoire du procès Eichmann et la démission de Nixon. Des textes d'Arendt (lettre à Gershom Scholem, Les Origines du totalitarisme, Eichmann à Jérusalem, Essai sur la révolution), de Brecht, de Kafka, de Mary McCarthy et de Robert Lowell sont lus par des comédiens.

Une Vie, une œuvre : Hannah Arendt, un monde en partage (1906-1975)

Rien ne veut rien dire · Feb 18, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

L'émission résume l'œuvre (Les Origines du totalitarisme, La Condition de l'homme moderne, Eichmann à Jérusalem) comme l'effort de penser ce qui n'aurait jamais dû arriver, et l'effondrement moral que le nazisme provoqua jusque chez les victimes. Blandine Barret-Kriegel raconte sa découverte de l'Essai sur la révolution chez Maspero en 1968 : à rebours des sciences sociales de l'époque, Arendt traitait les révolutions comme des problèmes proprement politiques, avec un « aplomb brutal » mais aussi de l'humour. Elle situe Arendt au cœur des catastrophes du siècle, à la confrontation entre le développement politique européen et le judaïsme. Elle évoque la brillante étudiante assimilée qui ne réglera jamais son compte à Heidegger, Husserl et Jaspers, et qui découvre la trahison quand ses amis, Heidegger le premier, se rallient au nazisme. Barret-Kriegel lui prête une dilection secrète pour l'Allemagne, une injustice envers la France et l'Angleterre et une « myopie » politique. Roger Errera rappelle pourtant l'hommage à Rosa Luxemburg et aux Juifs, « bons Européens », puis l'internement à Gurs, l'exil, le texte « Nous autres réfugiés » et les apatrides privés de droits avant d'être exterminés.

Errera expose les traits du totalitarisme : l'atomisation sociale, une terreur qui frappe des catégories entières, les « criminels sans crime » de Staline, un langage administratif meurtrier proche de celui qu'analyse Orwell. Barret-Kriegel lui objecte que le nazisme a aussi exploité l'archaïque, les corporations. Luc Ferry montre qu'Arendt, dans la lignée de Burke, ne fait pas des droits de l'homme un rempart contre le totalitarisme, à la différence de Claude Lefort. Selon elle, la Déclaration de 1789 n'accorde de droits qu'aux citoyens d'un État-nation et produit l'apatride, moins protégé que l'esclave antique. Ferry voit donc chez elle un retour aux formes politiques classiques, aux conseils et à l'espace public américain, et Arendt déclare elle-même ne pas être libérale. Errera défend Eichmann à Jérusalem : la « banalité du mal » n'est pas la banalisation, mais un haut fonctionnaire de l'extermination, médiocre et sans conscience morale. L'émission lit l'échange avec Gershom Scholem, qui lui reproche de manquer d'« amour du peuple juif », et la réponse d'Arendt : elle n'a jamais aimé aucun peuple, seulement ses amis.

André Enegrén décrit une penseuse qui ne se disait pas philosophe, préoccupée par la vita activa et par la scission platonicienne entre philosophie et politique. Il évoque son influence sur les étudiants de Berkeley, et les souvenirs de Mary McCarthy et de Robert Lowell sur Heinrich Blücher. Errera souligne son influence sur les juristes américains, le « droit d'avoir des droits » et la défense de la désobéissance civile à l'époque du mouvement de Martin Luther King, et rappelle que le Watergate lui parut impensable en Europe. Barret-Kriegel reprend l'opposition entre une Révolution américaine de la liberté et une Révolution française de la nécessité, prise dans la question sociale. Elle n'en est pas entièrement convaincue mais y voit la clé d'une citoyenneté à deux étages. Jacques Donzelot discute l'« esprit public » à l'heure où le négociatif envahit le délibératif. Il note qu'Arendt déteste moins le travail que la compassion abstraite et la fusion communautaire, et que sa question est de savoir comment être au monde. L'émission se termine sur la Thèbes de Sophocle : la cité comme espace des exploits et des paroles qui donnent sa splendeur à la vie.

Excerpts

Roger Errera sur la banalité du mal :

“la banalité ça n'est pas la banalisation et une équivoque c'est créé à propos de ce de ce mot la banalité du mal cela veut dire qu'il y a des circonstances il y a des régimes ou le mal l'extermination le génocide la torture la terreur devient une affaire quotidien pour de petits fonctionnaires”

Arendt à Gershom Scholem (lu) :

“je n'ai jamais dans ma vie ni aimé aucun peuple aucune collectivité ni le peuple allemand ni le peuple français ni le peuple américain ni la classe ouvrière ni rien de tout cela j'aime uniquement mes amis et la seule espèce d'amour que je connaisse et en laquelle je crois est l'amour des personnes”

Luc Ferry sur Arendt et la Déclaration de 1789 :

“la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen est en fait une déclaration qui conduit à [accorder] de droit aux individu que dans la mesure où ils sont citoyens d'un état nation ce qui signifie que hors d'un état nation un individu ne possède plus aucun droit”