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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Duménil, Gérard & Mathieu, Rémi

Duménil, Gérard & Mathieu, Rémi

Duménil, Gérard: économiste, coauteur des 100 mots du marxisme et auteur de Lire Marx

Mathieu, Rémi: sinologue, cotraducteur des Philosophes confucianistes dans la Pléiade, invité du journal d'Adèle Van Reeth

L'émission est animée par Raphaël Enthoven, qui ne se nomme pas à l'antenne. On entend une archive de Raymond Aron sur Le Capital. Des passages du Capital (fétichisme de la marchandise, journée de travail) sont lus par Georges Claisse.

Marx (4/5) : "Le Capital"

Rien ne veut rien dire · Feb 17, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Après une archive où Raymond Aron décrit Le Capital comme un livre « aussi mal connu qu'il est souvent cité », écrit en économiste et rarement lu en entier, Gérard Duménil insiste : c'est d'abord un ouvrage d'économie, qu'on n'achève pas mais qu'on étudie. Le livre I analyse les rapports sociaux marchands puis capitalistes. Le livre II, publié par Engels à partir de brouillons, relève presque de la comptabilité. Le livre III traite de la concurrence, de la finance, du changement technique et des revenus. Ayant étudié l'œuvre à la fin des années 1960, Duménil regarde aujourd'hui ses « frontières » : un édifice harmonieux mais inachevé, indispensable pour comprendre le néolibéralisme et la crise, mais écrit au XIXe siècle et à reprendre. Il juge sans valeur le cliché d'un Marx prédisant l'effondrement du capitalisme. Ce catastrophisme vient surtout du Manifeste de 1848, écrit avant que Marx n'étudie sérieusement l'économie, et se nuance dans Le Capital.

Duménil distingue deux types de crises. Les crises de rentabilité, liées à la baisse tendancielle du taux de profit, comme dans les années 1890 et 1970, s'opposent aux crises « d'explosion », comme 1929 et 2008. Dans ces dernières, les classes capitalistes et la haute gestion poussent, avec les gouvernements, mondialisation, innovation financière et déréglementation jusqu'à la limite. Le capitalisme sait pourtant se transformer, et Marx décrivait aussi les contre-tendances. À l'animateur qui voit une contradiction entre l'explication par des mécanismes et la désignation d'un adversaire, il répond que la pensée de Marx se tient en déséquilibre entre une machine économique et les luttes de classes : « les hommes font leur propre histoire, mais dans des conditions déterminées ». Le néolibéralisme serait ainsi une volonté de classe collective, non individuelle, et le « capitalisme populaire » de Thatcher relèverait de la propagande. Il commente le fétichisme de la marchandise, rapports entre les hommes devenus rapports entre les choses, toujours actuel dans le culte des marques. Il précise que Marx laisse la valeur d'usage de côté pour étudier la valeur, ce qui mène au capital comme « valeur prise dans un mouvement d'auto-accroissement ».

La prosopopée du travailleur réclamant la journée normale « sans faire appel à ton cœur » illustre pour Duménil la théorie de l'exploitation : seul le travail crée la valeur, et la plus-value est la base du profit. Il voit dans « travailler plus pour gagner plus » le retournement des conquêtes sociales de l'après-guerre, dans la continuité de Thatcher et de Reagan. Il donne l'exemple de l'Amérique latine, passée d'une industrialisation par substitution des importations à une mise en concurrence de tous les travailleurs du monde. Il insiste sur l'idée de Marx que l'émancipation ne peut être qu'une auto-émancipation des dominés. Il appelle cependant à « réviser » profondément Marx : il n'attend plus la révolution prolétarienne, dont on connaît l'histoire, mais garde l'horizon d'une sortie de la « préhistoire » de l'humanité. Dans le journal, Rémi Mathieu présente les Philosophes confucianistes. Il rappelle que le « confucianisme » est un terme occidental et décrit un humanisme fondé sur une nature humaine commune et l'amour d'autrui, compatible avec une hiérarchie fraternelle, ainsi qu'une éthique du perfectionnement de soi.

Excerpts

Gérard Duménil sur la crise de 2008 :

“la crise actuelle comme la crise de 1929 [...] ne sont pas des crises de ce type alors que ce c'est une crise plutôt d'explosion voyez-v une crise d'explosion en ce sens que les classes capitalistes et leurs alliés dans la société [...] vont pousser en collaboration avec les gouvernements les mécanismes économiques et sociaux à la limite”

Gérard Duménil sur la pensée de Marx :

“on est toujours voyez-vous sur un peu en déséquilibre toute la pensée de Marx se fait à ce niveau-là entre une machine économique voyez-vous et puis de l'autre côté des mouvements de classe des confrontations des initiatif”

Gérard Duménil sur l'auto-émancipation :

“Marx a cette idée absolument fondamentale et qui pour moi reste tout à fait valable de nos jours cette émancipation ne peut être qu'une auto-émancipation c'est-à-dire qu'elle ne peut venir que de la lutte des classes dominées”