MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Ricœur, Paul

Ricœur, Paul

professeur de philosophie à l'université de Strasbourg

L'art dans ses rapports avec l'angoisse, analyse et débat avec Paul Ricœur et Jean Starobinski

Rien ne veut rien dire · Jan 29, 2017 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ vingt-trois minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec quelques erreurs de reconnaissance ; le titre YouTube parle d'« art » mais l'entretien traite de l'angoisse en général)

Core ideas

Une angoisse historique ou permanente ? Amrouche demande si l'angoisse de l'homme de 1953 a des caractères spécifiques. Ricœur distingue des zones de profondeur : notre époque est marquée par une angoisse liée à l'incertitude historique, mais en prenant du recul, avec les grandes méditations du passé, on peut juger l'authenticité des angoisses actuelles et ne pas être abusé par un « faux pathétique ». Starobinski soutient que l'angoisse est toujours historique, produit de la rencontre avec un milieu (naturel ou historique) auquel on ne sait comment répondre ; mais il y a aussi des angoisses « en deçà de l'histoire » (avoir un corps, être mortel) et des angoisses propres au monde de la culture. Amrouche objecte que les menaces actuelles (État totalitaire, guerre atomique) pourraient se ramener à l'imminence de la mort, qualitativement la même que celle de l'homme préhistorique.

Expression, tragédie, catharsis. Pour Ricœur, l'angoisse subit une « transposition » par l'expression littéraire, philosophique, poétique ; il rappelle que la tragédie grecque n'est pas morte en nous et qu'on peut revenir à son temps, avec des engagements précis, mais instruit par la méditation de l'humanité. Starobinski ajoute des niveaux d'expression (du tremblement ou de la pâleur à la grande poésie), la victoire sur l'angoisse étant momentanée, et note que l'expression peut aussi créer l'angoisse (l'« étrange plaisir » de Racine). Il distingue l'angoisse de l'esprit et celle de l'âme.

Angoisse fondamentale, courage et espérance. Starobinski propose deux formes d'angoisse profonde : l'homme initiateur du mal (coupable) et victime du malheur ; le médecin observe que l'angoisse du malade est tantôt vécue comme comportement, tantôt comme chose subie. Il rappelle Rilke (« Seigneur, donne à chacun sa propre mort ») : la mort vient du dehors mais est nourrie du fond de la vie. Ricœur résiste à cette intuition : la mort peut s'approcher, mais il a toujours de quoi riposter par un « solide vouloir vivre » et l'inscription de sa vie dans un combat général des hommes ; la rumination de la précarité est une fausse angoisse, curable par l'action, tandis que la véritable angoisse est celle qui fait rebondir la capacité d'affirmation et mène à une espérance. Starobinski reconnaît que cette espérance est sans fondement, sinon elle-même, et que l'acte de foi n'apparaît qu'à travers un « miroir brisé » : courage de vivre, optimisme, piété envers soi-même, à la fois coupable et victime. Amrouche annonce un prochain entretien sur le mythe de Narcisse, l'ennui, le choix et la culpabilité.

Excerpts

“« je crois pour ma part que l'angoisse est toujours historique »”

“« dans cette double situation de l'homme coupable et victime »”

“« la véritable angoisse c'est celle qui est capable de faire rebondir ma capacité d'affirmation »”