Markowicz, André
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full for the French commentary (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation ; les passages en russe sont presque illisibles)
Core ideas
Une enfance, un duel, un musée. Markowicz raconte avoir été bercé de Pouchkine, dont il connaissait Eugène Onéguine par cœur à trois ans, et l'image du duel avec d'Anthès (le poète touché au ventre, la neige, les arbustes noirs). Catherine Etkind décrit le dernier appartement de la Moïka, à Saint-Pétersbourg : bureau, plumes, livres français et allemands, bague, canne, l'horloge arrêtée à l'heure de sa mort. Pouchkine, dit Markowicz, est l'air qu'on respire ; la traduction le fait repousser, son rêve est d'en publier les œuvres complètes en 1999, pour le bicentenaire.
Un mythe national, et une histoire de réceptions. Tous les écrivains russes ont parlé de Pouchkine, sauf Tolstoï et Tchekhov. Markowicz distingue cinq grands moments : la mort en 1837 (Lermontov), les polémiques jusqu'en 1880 (un écrivain positiviste, au nom tronqué dans les sous-titres, pour qui une paire de bottes vaut mieux que Pouchkine), le discours de Dostoïevski à l'inauguration de la statue de Moscou en 1880, l'adresse de Blok en 1921 (liberté du poète face au pouvoir), 1937 (le centenaire de la mort, fêté à Moscou devant Staline et à la Sorbonne par l'émigration : chacun s'approprie « notre Pouchkine », qui devient pour la propagande une idole). Jean-Louis B. rappelle qu'il est le premier écrivain russe vraiment lisible, qu'il lance le mythe de Pétersbourg (Le Cavalier de bronze), et qu'il n'a ni disciples ni imitateurs, malgré une culture européenne énorme (Parny, Chénier, Pétrarque, l'Arioste, Byron, Shakespeare).
L'œuvre : poésie, tragique, ordre. Markowicz analyse la sonorité d'un poème de 1829 (« Sur les collines de Géorgie… », le Voyage à Arzrum) dans lequel la traduction perd les échos. Les commentateurs évoquent la nourrice Arina Rodionovna et les contes populaires (La Princesse morte et les sept chevaliers), un poète à la fois religieux et blasphémateur, et la question de l'après-mort (Lenski dans Onéguine). Mozart et Salieri (la grâce menacée), Le Convive de pierre (Don Juan séduit par son propre chant), Onéguine (la sympathie pour ses personnages), Boris Godounov (l'enfant assassiné, l'innocent) montrent qu'il fait de l'ordre et de la lumière à partir du chaos tragique. L'émission se termine sur la tempête de neige (« Les Démons »).
Excerpts
“« je sais absolument que Pushkin est le plus grand poète qui a jamais vécu »”
“« il est si vous voulez le premier écrivain russe réellement lisible »”
“« il est séduit non pas par la femme il est séduit par son propre discours »”