Rocquet, Claude-Henri
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Core ideas
Claude Mettra part d'un pastel, Fleur de sang, pour faire de Redon le peintre qui donne image aux révélations des poètes. Il le situe entre Baudelaire et Apollinaire, aux côtés de Gustave Moreau contre un naturalisme qui prétend à l'objectivité. Il cite Huysmans décrivant dans À rebours ses fusains de cauchemar. Pour Redon, le mystère consiste à rester dans l'équivoque, et chaque homme devrait faire l'histoire de son cœur. Claude-Henri Rocquet souligne que Redon appartient autant à la littérature qu'à la peinture : un adolescent rêveur qui aurait pu écrire, comme Nerval, et pour qui l'art est un exercice spirituel. Il commente le journal À soi-même et sa page sur Delacroix suivi dans la nuit de Paris, solitaire et nocturne, jusqu'à son ancien logement. Les deux interlocuteurs reviennent ensuite à Rodolphe Bresdin, le graveur fou et mélancolique qui a donné à Redon sa dimension nocturne, dans la tradition de Bruegel, Bosch, Dürer et du romantisme noir.
Ils distinguent plusieurs nuits chez Redon. La première est celle des cauchemars d'enfance et des monstres, araignées souriantes et yeux-êtres. La deuxième est une pénombre à la Rembrandt. La troisième est une nuit spirituelle et invisible. Redon tient le noir pour la couleur essentielle, qu'il lie à la plénitude de la force vitale de l'artiste. Mettra évoque la naissance rêvée en pleine mer, sur le bateau qui ramenait ses parents d'Amérique, « patrie sans lieu » qu'il rapproche du Vaisseau fantôme. Il voit la nuit comme la maison de l'amour, à l'inverse de Gauguin. Rocquet décrit le passage du noir à la couleur comme une montée des racines aux fleurs : on est regardé par les fleurs de Redon plus qu'on ne les regarde. Ils commentent le Sacré-Cœur, un brasier au centre d'un homme aux yeux clos, ainsi que les têtes coupées. Celles-ci évoquent la castration, mais aussi des soleils errants, Orphée et saint Jean-Baptiste. Les yeux clos, lus à travers Claude Louis-Combet, sont une manière de peindre l'invisible.
La dernière partie suit la barque, de celle de la naissance aux barques mystiques des saintes Maries et de Lazare portant un soleil sur la voile, image de résurrection que Rocquet rapproche de l'« éternité » de Rimbaud. Viennent ensuite les coquillages et le monde sous-marin, où les règnes se confondent, et une Vénus « métaphysique » qui médite la naissance plus que le désir. Rocquet décrit le chemin vertical qui monte des abîmes vers le char d'Apollon. Il éclaire la « peinture pure » par Mallarmé : une peinture qui serait musique, alchimie de la matière, invention d'une nouvelle chair. La lettre de Mallarmé sur l'Hommage à Goya et le fusain de l'homme à la fenêtre ferment cette méditation sur le triomphe de la lumière sur les ténèbres.
Excerpts
Odilon Redon, À soi-même, cité par Claude Mettra :
“le sens du mystère c'est d'être tout le temps dans l'équivoque dans les doubles triples aspects des soupçons d'aspe images de l'image [...] il ne veut pas être compris il veut seulement être vécue”
Claude-Henri Rocquet sur le passage du noir à la couleur :
“c'est vraiment une montée des racines aux fleurs tout simplement atteint l'amour de la nuit mystérieuse et créatrice que cet amour jaillit et surgit dans le jardin dans l'éden dans des fleurs qui sont des apparitions des visions à ciel un regard nous sommes plus encore regardé par les fleurs de redon que nous ne regardons”
Claude-Henri Rocquet sur les yeux clos :
“c'est un paradoxe que de peindre les yeux fermés c'est à dire de d'offrir au regard un regard qui s'absentent mais dont on suppose qu'il ne s'éteint pas tout au contraire et qu'il est tourné vers l'intérieur c'est à dire au fond pour un peintre comme redon peindre un visage aux yeux clos c'est peindre l'invisible”