Dalissier, Michel
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Core ideas
Une philosophie japonaise ? La question de départ : y a-t-il une philosophie japonaise et pourquoi est-elle si peu connue en France ? Dalissier rappelle que, avant 1868 (Meiji), la pensée était surtout inspirée du confucianisme chinois et du bouddhisme ; ensuite, la philosophie occidentale a été étudiée, avec des variations et des créations conceptuelles apparues d'abord dans l'école de Kyoto : « il est difficile de parler d'une philosophie japonaise comme quelque chose de totalement constitué ». Son collègue japonais souligne que les Japonais furent d'abord des lecteurs assidus de la philosophie occidentale, et qu'il a fallu traduire, c'est-à-dire inventer des mots à partir du chinois (la « conscience de soi » rendue autrement), ce qui produit des significations inattendues. Dalissier parle d'une philosophie d'appropriation : « recevoir ces héritages continentaux lointains ou proches de la Chine ou de l'Europe », en les unifiant (Nishida met Hegel et William James côte à côte).
Nishida et le néant. Nishida Kitarō (né en 1870) est considéré comme le fondateur de l'école de Kyoto, dont le nom vient de l'université plus que de la ville. Il a voulu se mesurer à Aristote, proposer une logique du prédicat (logique du « lieu », basho) et pensé le « néant absolu » par opposition au non-être relatif : un lieu où toutes les choses apparaissent, comme dans un miroir qui les reflète. Il ne faut pas distinguer l'être et le néant de manière « oppositionnelle, substantielle » : le néant est inséparable d'un acte de « néantisation », un évidement de soi. Un texte de Nakae Chōmin (1886, traducteur de Rousseau) sert d'exemple de questionnement métaphysique occidental encore balbutiant, avant la phénoménologie. Le panorama de l'école : Nishida, Tanabe (critique de Nishida), Nishitani, Tosaka (aile marxiste), des philosophes de la religion et du bouddhisme, un réseau et non un mouvement monolithique ; certains soutinrent la politique militariste, ce qui a affaibli l'école après la guerre, avant un regain de recherches depuis une vingtaine d'années. L'extrait de L'Empire des sens illustre le risque d'une esthétisation de l'abolition de la distinction soi-autre ; les penseurs de l'école sont censés tenir un moment critique. Dalissier explique aussi l'intérêt de philosopher en japonais, langue qui incorpore les termes occidentaux.
Chronique. Éric Aeschimann présente en fin d'émission L'Origine de l'herméneutique de soi de Michel Foucault (deux conférences américaines de 1980, éd. Vrin) comme une introduction accessible au dernier Foucault, pour qui les techniques de domination d'autrui se prolongent en techniques de soi.
Excerpts
“« il est difficile de parler d'une philosophie japonaise comme quelque chose de totalement constitué »”
“« mais l'idée c'est vraiment ça c'est à dire de recevoir ces héritages continentaux lointains ou proches de la Chine ou de l'Europe »”
“« il faut pas distinguer l'être et le néant de manière de manière oppositionnelle de manière substantielle »”