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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Maulpoix, Jean-Michel

Maulpoix, Jean-Michel

poète, essayiste, professeur de poésie française à l'université Paris III

Les forçats de l’absolu (2/3) : Rainer Maria Rilke

Rien ne veut rien dire · Dec 17, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres ; une partie de l'émission est répétée deux fois dans le fichier)

Core ideas

La nécessité d'écrire, la solitude comme ressource. La Lettre à un jeune poète du 17 février 1903 refuse l'intention critique et pose à Kappus une question de vie : serait-il condamné à mourir s'il lui était interdit d'écrire ? Maulpoix souligne que ce n'est pas une recette de création mais un programme d'existence : rentrer en soi, décrire son quotidien avec une honnêteté « humble et silencieuse », éviter les thèmes trop courants comme l'amour. La solitude est d'abord une fatalité (on est seul jusque dans l'amour), puis devient une volonté, une valeur : elle permet de se désencombrer du divertissement et de retrouver un rapport juste au monde, de l'intériorité vers l'extériorité, « grandes cloches intérieures » qui résonnent dans l'église qu'est le poète.

Tout vivre, y compris l'amour et la sexualité. Dans la quatrième lettre, Rilke invite à « vivre les questions » et à tout vivre, la sexualité comprise, car elle est une puissance énigmatique que la créature ne maîtrise pas (troisième élégie de Duino, le « dieu-fleuve du sang »). L'amour n'est pas un thème sentimental mais une situation humaine fondamentale, difficile, qui doit rester une rencontre de deux solitudes : la distance est un chemin vers l'autre (« être loin c'est être avec »). Maulpoix évoque l'image d'Orphée et de la main posée sur l'épaule d'Eurydice sur une stèle de Naples : le toucher amoureux, comme celui de l'écriture, essaie de garder ce qui fuit.

Abolir le proche et le lointain ; changer sa vie. Dans la lettre à Clara de 1907, Rilke reproche aux pères d'avoir désiré un ailleurs lointain, au point d'oublier le proche : le romantisme, Baudelaire (« Là-bas, là-bas »), l'appel de l'ailleurs avaient dévalorisé l'ici. La tâche du poète est un « travail de correction » : rapatrier dans le terrestre, rappeler que l'inconnu est au cœur du présent, que le mystère est « ce qui est là », sans spiritualité religieuse mais avec une intensité du rapport interrogatif au monde. Le poème « Torse archaïque d'Apollon » (« tu dois changer ta vie », commenté par Peter Sloterdijk) et le modèle de Rodin (la main qui travaille, la sculpture comme transformation du temps en espace) donnent une image de cette concentration contre la vaporisation. Enfin, la lettre à Hulewicz de 1925 résume la tâche : transformer le visible en invisible, car « nous sommes les abeilles de l'invisible ».

Excerpts

“« il s'agit pas de vivre en poète de vivre dans la nature de vivre intérieurement mais il s'agit de tout vivre »”

“« le poète n'est pas celui qui sait celui qui doute »”

“« nous sommes les abeilles de l'invisible »”