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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Comte-Sponville, André

Comte-Sponville, André

philosophe, auteur de Je ne suis pas philosophe : Montaigne et la philosophie, Honoré Champion, et d'un article sur Montaigne et La Boétie dans un ouvrage collectif sur l'amitié, PUF

Montaigne (3/5) : L'amitié

Rien ne veut rien dire · May 15, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)

Core ideas

Montaigne et La Boétie : deux caractères, un coup de foudre. Le Discours de la servitude volontaire est un texte sérieux, classique, antique, très différent de la légèreté de Montaigne : les deux amis, de caractère, de langue et de culture différents (La Boétie plus âgé, plus catholique, plus grave), se rencontrent adultes (28 et 25 ans) et se reconnaissent d'emblée, comme dans un coup de foudre. Le mot célèbre (« parce que c'était lui, parce que c'était moi », ajouté tardivement) suppose qu'ils restent deux : Comte-Sponville y voit une « fusion » reconstruite après la mort de La Boétie, par nostalgie, alors que l'amitié est faite d'altérité : « il y a deux façons de penser l'amitié on peut la penser comme similitudes ou comme complétude » ; il préfère la seconde, car des amis pareils n'auraient pas de raison de ne pas rester seuls. La mort de La Boétie (quatre ans d'amitié) est un deuil absolu, bien plus que celle de ses enfants ou de son père ; les Essais sont en partie son tombeau, une façon d'aimer la vie malgré tout, sans consolation religieuse ni espérance d'immortalité.

Passion et vertu. Pour Aristote (Éthique à Nicomaque, livre VIII, que Comte-Sponville rapproche de Montaigne), l'amitié véritable ne repose ni sur le plaisir ni sur l'utilité mais sur la ressemblance de caractères ; elle est à la fois un pathos (elle nous tombe dessus, on ne décide pas d'aimer) et un ethos (on décide de continuer à aimer, de vivre ensemble, de sauver l'amour) : « l'amitié c'est le devenir vertu de la passion d'aimer », le devenir actif de la passion. Elle exige la réciprocité (on peut aimer sans être aimé, mais pas être ami), la joie d'aimer plus que le besoin d'être aimé, et une générosité qui retourne les termes (celui qui reçoit oblige celui qui donne).

Éros, philia, agapè ; le triangle de l'amitié. Montaigne distingue la passion amoureuse, où il est sensible à la beauté, de l'amitié pour La Boétie, qu'il dit laid comme Socrate et dont il aime l'âme (pour lui, le corps se discipline jeune et s'assouplit en vieillissant, de manière épicurienne : il passe du stoïcisme des premiers Essais à un épicurisme non dogmatique du livre III). Comte-Sponville regrette que philia ait été recouverte par l'opposition entre éros et agapè (la charité, dont Montaigne ne parle pas) : amitié universelle (philanthropia, base du triangle), amitié politique (la cité), amitié élective (une dizaine d'amis), et, au sommet, l'amitié unique, qui n'arrive qu'une fois tous les trois siècles. Il note que le réel n'est jamais un concept, que le christianisme de Montaigne est sociologique (« comme on est périgourdin »), et qu'avec l'amitié on se double dans l'immanence.

Excerpts

“« il y a deux façons de penser l'amitié on peut la penser comme similitudes ou comme complétude »”

“« l'amitié c'est le devenir vertu de la passion d'aimer »”

“« parce que c'était lui parce que c'était moi »”