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Core ideas
Claude Mettra présente l'œuvre de Jean Paul Richter comme une longue méditation sur les premiers temps de la vie : le passage du ventre maternel à la lumière, le moment où l'enfant découvre ses sens et pressent qu'il est en voyage. Le rêve est la carte de ce voyage. Né en 1763 dans la principauté de Bayreuth, fils d'un pasteur pauvre, Jean Paul grandit dans une liberté presque sauvage, nourri de livres pieux et de récits de colporteurs. Il connaît le dénuement à Leipzig et commence par des écrits satiriques désordonnés (Procès groenlandais, Extraits des papiers du diable) avant de devenir précepteur. Deux révélations fondent son œuvre. Enfant, il a l'éclair « je suis un moi ». Le 15 novembre 1790, après la mort de deux amis et le suicide d'un frère, il éprouve la pensée de la mort, qui lui commande d'aimer les « pauvres humains » si vite engloutis. Dès lors, explique Mettra, il cherche un art du bonheur dans la pauvreté même et une part d'éternité dans chaque moment du quotidien.
Après La Loge invisible (1793), Hesperus et ses grandes plongées oniriques lui valent un cercle d'admiratrices, son « académie érotique ». Il épouse Caroline Mayer et s'établit à Bayreuth. Mettra évoque Maria, une jeune admiratrice qui se noie après une correspondance passionnée devant laquelle Jean Paul a hésité, et en fait la rançon d'une poésie qui est incarnation. Il situe Jean Paul au croisement des deux faces de la fin du XVIIIe siècle : les Lumières, qui font de l'homme un être d'histoire, et l'exploration des territoires nocturnes de l'esprit. Ces deux courants sont réunis par l'image d'un paradis à réinventer, que la Révolution porte sur le plan humain et le romantisme allemand sur le plan cosmique.
Le rêve, selon Jean Paul, nous ramène à une part primitive où le temps et l'espace perdent leur mesure humaine et où les sens se répondent. La musique y tient une place centrale, comme écho des chants de l'autre monde. Mettra cite le « Discours du Christ mort », où le Christ annonce aux morts qu'il n'y a point de Dieu, comme sommet du cauchemar. Il voit en Jean Paul un premier jalon de l'histoire du rêve qui mène du romantisme et de La Symbolique du rêve de Schubert à Freud et Jung, et qui touche Nerval, Balzac et Michelet. Jean Paul se méfie pourtant des clés des songes : le rêve doit être prolongé à l'état de veille par une rêverie active, à la manière de Bachelard, pour faire descendre le rêve dans la réalité. Le paradis n'est pas perdu, il est en nous, et seule la pauvreté de nos sens nous en sépare. Jean Paul voulait faire naître l'ange dans l'homme ; Mettra raconte qu'il s'est éteint en 1825 « comme un enfant ».
Excerpts
Jean Paul, au soir du 15 novembre 1790, cité par Claude Mettra :
“soir le plus important de ma vie car j ai prouvé la pensée de la mort songeant qu'il n'y avait point de différence pour moi à mourir demain ou dans trente ans que tous mes projets tous disparaîtrait dans la mort et que je dois aimer les pauvres humains si vite englouti avec lambeaux d'existence”
Claude Mettra sur le paradis selon Jean Paul :
“pour jean-paul le paradis n'a jamais été perdue il est près de nous il est en nous mais ce sont nos sens trop indigents notre mémoire trop fragile notre espérance trop lente qui empêche les paysages et toute aventure spirituelle qui fut la sienne du d'autre objet que de nous rendre ce paradis présent disponible”
Le « Discours du Christ mort », lu dans l'émission :
“j'ai parcouru les menthes je suis monté dans lé soleil et j'ai volé avec les voix lactée à travers les solitudes céleste mais il n'y a point de dieu je suis redescendu aussi loin que l'être jette son ombre j'ai regardé dans l'abîmé j'ai crié père où es tu mais je n'ai entendu que l'éternel tempête que nul ne gouverne”