MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Denat, Céline

Denat, Céline

maître de conférences à l'université de Reims Champagne-Ardenne, spécialiste de Nietzsche, coauteure du Dictionnaire Nietzsche, Ellipses ; « Céline Denain » dans les sous-titres

Le Crépuscule des idoles (1/4) : Philosopher en maniant le marteau

Rien ne veut rien dire · Jun 17, 2017 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)

Core ideas

Une déclaration de guerre en divertissement. Écrit en 1888 à Sils-Maria, quelques jours après Le Cas Wagner, le Crépuscule des idoles se veut un « loisir de psychologue » et une grande déclaration de guerre. Denat explique que les « idoles » sont ce que l'on vénère de façon absolue : surtout les idéaux et valeurs idéalistes qui détournent du sensible, de la vie et du corps (morale chrétienne, idéalisme platonicien, croyance en une vérité ou un Bien absolu). L'image du marteau est triple : destruction (le marteau de Thor), création (le sculpteur, Camille Claudel/Rodin), et surtout interrogation et évaluation, à la fois médicale (ausculter) et musicale (le diapason : les idoles sonnent-elles creux ?). Le but est de faire parler ce qui voudrait garder le silence et de poser un diagnostic avant, éventuellement, de guérir.

Contre le dualisme, une morale « contre nature ». Le problème remonte à Socrate et Platon, qui valorisent l'esprit et les idées contre le sensible : la guerre porte contre le dualisme même, car diviser conduit à préférer un terme. Il ne s'agit pas d'inverser la hiérarchie (« il s'agit pas seulement de dire ah finalement il y a effectivement un esprit et un corps mais le corps est meilleur que l'esprit ») mais de penser une totalité. Nietzsche pose à la morale la question de sa valeur pour la vie : de quoi est-elle le symptôme ? Vouloir éradiquer tout mal (blessure, difficulté, cruauté) n'est pas la condition la plus favorable à l'épanouissement : « la blessure fortifie des esprits », maxime qu'il aime. Les valeurs sont des croyances si enracinées qu'elles sont devenues contraignantes (la vérité elle-même), nées pour nous protéger de la peur (l'histoire des morales est largement une histoire de la peur). Le mot « contre nature » est polémique : il s'oppose à la position idéaliste et désigne des pulsions et instincts en conflit, donc une nature humaine non fixe, une infinité de types humains.

L'homme nouveau, le psychologue. Nietzsche ne trace pas le portrait d'un homme nouveau (ce serait une nouvelle idole) mais des lignes directrices : penser l'homme comme totalité psychophysiologique, réfléchir à la différence et à la lutte plutôt qu'à l'égalité, favoriser un dépassement de soi sans fin dernière, au risque de ce que la transformation produise. Le psychologue est d'abord un physiologue : « être psychologue chez Nietzsche c'est s'intéresser à l'homme en tant que totalité plusionnelle » (pulsionnelle), dont l'esprit est un effet de surface, et son rôle est de diagnostiquer pour permettre la recréation des valeurs.

Excerpts

“« il s'agit pas seulement de dire ah finalement il y a effectivement un esprit et un corps mais le corps est meilleur que l'esprit »”

“« la blessure fortifie des esprits »”

“« être psychologue chez Nietzsche c'est s'intéresser à l'homme en tant que totalité plusionnelle »”