Comte-Sponville, André & Misrahi, Robert & Matheron, Alexandre & Aillaud, Gilles & Birman, Claude & Deleuze, Gilles
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Core ideas
André Comte-Sponville rappelle le mot de Bergson selon lequel tout philosophe a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza. Il décrit une voix d'une authenticité absolue sous l'abstraction effrayante de l'ordre géométrique, et tient l'Éthique pour le plus beau livre de philosophie. Robert Misrahi voit en Spinoza l'un des premiers modernes : il intègre l'individu à la nature et à la société et incite à se dépasser vers un temps à inventer, contre l'esprit tragique de notre époque. Comte-Sponville insiste sur sa solitude. Juif marrane d'Amsterdam, promis au rabbinat, il est exclu de la synagogue à 24 ans et échappe à un coup de poignard dont il garde le manteau troué. Sa devise est Caute, « méfie-toi ». Son Deus sive Natura équivaut alors à un athéisme, au point qu'au XVIIIe siècle on le nommait au Procope « monsieur de l'Être ». Une archive de Deleuze propose de lire Spinoza « par le milieu », comme pousse l'herbe.
Gilles Aillaud évoque Vermeer, né la même année et dans le même pays sans l'avoir jamais rencontré. Il parle de l'ascèse choisie d'un homme issu d'une famille riche, du polisseur de lentilles et d'une œuvre bâtie comme une rosace de cathédrale. Un intervenant rattache le « Dieu, c'est-à-dire la nature » à Giordano Bruno et à un « athéisme de système » cher aux matérialistes du XVIIIe siècle. Alexandre Matheron replace le Traité théologico-politique dans le combat du parti républicain de Jean de Witt contre les orangistes appuyés par l'Église calviniste. Il montre que le jeune Marx en recopie des extraits dans l'ordre inverse. Comte-Sponville oppose Descartes, philosophe du sujet et du libre arbitre, à Spinoza, philosophe de la nature, du désir et de la nécessité, et annonce Lévi-Strauss contre Sartre. Le désir n'y est pas un manque, comme chez Platon ou Schopenhauer, mais une puissance d'exister : la joie l'accroît, la tristesse la diminue, toute joie est bonne et toute tristesse mauvaise. Il en tire une critique des illusions du sujet qui annonce Freud, Nietzsche et le structuralisme.
Claude Birman lit Spinoza comme un penseur juif marrane. L'amour intellectuel de Dieu serait le kavod biblique, et la Bible resterait à lire pour sa question politique. Il voit aussi dans le Dieu de Spinoza un Dieu proche du nom hébraïque, et souligne que Spinoza ne s'est jamais dit athée. Comte-Sponville définit l'amour comme une joie accompagnée de l'idée d'une cause extérieure (« je suis joyeux que tu existes »), à distinguer du désir de possession. Misrahi décrit l'éthique comme une libération de la servitude des passions par l'individu lui-même, sans transcendance. Matheron montre que le troisième genre de connaissance et l'éternité de l'esprit sont préparés dès le livre II. Comte-Sponville conclut sur un « mysticisme sans mystère » : l'éternité est la vie même vécue en vérité, et « nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels ».
Excerpts
André Comte-Sponville sur le ton de Spinoza :
“je pense chez spinoza c'est d'abord une voix un ton qui fait d'authenticité absolument [...] à la façon dont dont il écrit qu'il ne ment pas qui nous parle de quelque chose qu'il connaît qu'il a vécue [...] je crois vraiment que l'éthique est le plus beau livre de philosophie”
André Comte-Sponville sur le désir :
“chez spinoza au contraire le désir n'est pas d'abord un manque le désir est une force c'est la puissance d'exister et d'agir dit spinoza simplement cette puissance va connaître du fait de ce que nous vivons de dix rencontres que nous faisons dans le monde des accroissements de puissance et c'est la joie ou bien des diminutions de puissance et c'est la tristesse”
André Comte-Sponville sur l'amour selon Spinoza :
“si on est spinoziste me dire je t'aime ça veut dire exactement je suis joyeux à l'idée que tu existes ce qui est encore aujourd'hui me paraît la plus belle et la plus profonde déclaration d'amour”