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Benmakhlouf, Ali & Atlan, Henri

Benmakhlouf, Ali: philosophe, logicien, traducteur des Essais en arabe, membre du Comité consultatif national d'éthique

Atlan, Henri: médecin, biologiste et philosophe, auteur du Vivant post-génomique

L'entretien est enregistré au château de Montaigne, avec des lectures des Essais. La dernière partie est le journal des Nouveaux chemins, où Adèle Van Reeth s'entretient avec Henri Atlan sur Spinoza et le hasard.

Montaigne philosophe (4/5) : Le veilleur de jour

Rien ne veut rien dire · May 15, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

La conversation reprend sur « Des cannibales » et la rencontre de trois Tupinambas avec Charles IX. Raphaël Enthoven voit dans leurs remarques, des hommes barbus obéissant à un enfant et des « moitiés » affamées qui ne prennent pas les riches à la gorge, le regard de l'étranger qui révèle nos absurdités, bien avant les Lettres persanes et dans le sillage de La Boétie. Ali Benmakhlouf relève l'aveu de Montaigne, qui a oublié la troisième réponse et se plaint de son « truchement » : il faut accepter une incompréhension structurelle de l'autre plutôt que de l'assimiler comme une nourriture. Enthoven rapproche cette idée de Nietzsche, pour qui connaître revient à digérer l'inconnu en le réduisant au connu. Benmakhlouf lui oppose l'image montaignienne de l'abeille, qui fait du thym un miel « tout sien », une métamorphose qui fait vivre. La peur de notre ignorance nous fait figer le devenir en être, alors que, pour Montaigne, le devenir précède l'être et ne se sédimente qu'ensuite.

Pour Enthoven, Montaigne et Pascal montrent à l'homme ce qu'il sait sans savoir qu'il le sait, à commencer par la mort. Benmakhlouf commente le chapitre « De la diversion », source du divertissement pascalien. On ne fait pas son deuil : vingt-cinq ans après La Boétie, la douleur est intacte, mais on la détourne par d'autres pensées. D'où le paradoxe d'un livre joyeux écrit par un homme frappé par la plus grande tristesse. Le vrai problème n'est pas la mort mais la douleur, partagée par toute l'humanité. Benmakhlouf propose d'en faire un critère pour combattre la pauvreté, et Enthoven y voit la source de la pitié de Rousseau. Benmakhlouf repère d'autres héritages : « maître et possesseur » chez Descartes, « l'homme est né libre » chez Rousseau. Il fait de Montaigne un philosophe qui réconcilie la philosophie avec l'histoire, comme le montre sa défense de Plutarque contre Bodin : on peut rapporter sans croire, et l'impossible n'est souvent que l'inaccoutumé. Il raconte sa traduction des Essais en arabe, première édition intégrale, en acceptant une approximation précise, comme en science.

Sur les fanatiques qui « s'estiment de se mépriser », Benmakhlouf décrit une pulsion de mort par laquelle l'homme se fait horreur à lui-même. Enthoven souligne la persistance du jugement chez ce sceptique : l'acte sexuel est ridicule, brûler un homme pour sa religion est pire que le manger. Benmakhlouf distingue l'esprit, cheval échappé qui va d'un contraire à l'autre, de la conscience, cri ou voix sans contraire qui condamne la cruauté et la pauvreté là où les raisonneurs cyniques restent insensibles. Les arts libéraux doivent enseigner « l'art d'être libre ». Enthoven placerait en tête des Essais la phrase « la ressemblance ne fait pas tant un que la différence fait autre ». Benmakhlouf conclut sur le doute installé des médecins et sur l'« ignorance docte » qui sait que trancher exclut. Dans le journal, Henri Atlan concilie le déterminisme de Spinoza et le hasard des modèles d'auto-organisation : le hasard est l'effet de notre ignorance irréductible des causes, comme pour le jet de dé ou chez Laplace.

Excerpts

Ali Benmakhlouf sur l'incompréhension de l'autre :

“on est dans la l'incompréhension structurel de l'autre qui ne parlent pas sa langue qui vient d'ailleurs et que de cette incompréhension structurels devraient être un élément un facteur de composition [...] ne pas projeter sur lui ses propres pensées ne pas l'assimiler comme on assimile une nourriture et l'entendre dans cette mécompréhension”

Ali Benmakhlouf sur la diversion :

“j'ai perdu étienne de la boétie il ya 25 ans vingt-cinq ans après la douleur est tout aussi vive que le premier jour mais je ne peux pas nier que entre temps j'ai eu plein d'autres cogitations plein d'autres pensées qui n'ont pas affaibli qui n'ont pas assoupli mon deuil mais qu'ils ont diverti”

Ali Benmakhlouf sur la conscience et la raison :

“je peux toujours présenté une raison et présenter une raison adverse [...] donc la raison est souple dans sa manière d'aller da contraire à l'autre la conscience ne va pas d'un contraire à l'autre [...] la conscience c'est l'oeil ouvert sur sur le monde”