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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Philippe, Gilles & Duras, Marguerite & Roger, Philippe & Bonnaffé, Jacques

Philippe, Gilles & Duras, Marguerite & Roger, Philippe & Bonnaffé, Jacques

Philippe, Gilles: linguiste et historien de la littérature, professeur à l'université de Lausanne, directeur de l'édition des Œuvres complètes de Duras dans la Bibliothèque de la Pléiade

Duras, Marguerite: archives

Roger, Philippe: directeur de la revue Critique, chronique « En compagnie des revues »

Bonnaffé, Jacques: comédien, lecture de poèmes de Roland Dubillard

Des extraits de Duras sont lus par Guillaume Gallienne ; on entend aussi un extrait du film Moderato cantabile de Peter Brook.

Marguerite Duras (2/4) : S'embarquer avec Marguerite Duras

Rien ne veut rien dire · Apr 13, 2018 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique moyenne ; l'émission comprend une chronique sur la revue *Critique* (Rousseau, Staël, Constant, Sade) et une lecture poétique sans rapport avec Duras.

Core ideas

Gilles Philippe compare les œuvres complètes de Duras au navire Argo, dont toutes les pièces ont été changées et qui ne garde que son nom. L'unité est celle d'un nom de plume devenu mythe, sur une œuvre faite de ruptures plus que d'une ligne continue. Il refuse la lecture téléologique qui ferait des premiers romans une préparation et des derniers un testament. Il rappelle que Duras a elle-même fixé une rupture en 1958, avec Moderato cantabile et le passage chez Minuit. Elle reniait les premiers romans (Les Impudents, La Vie tranquille) et la trilogie du début des années 1950 (Un barrage contre le Pacifique, Le Marin de Gibraltar, Les Petits Chevaux de Tarquinia). Il préfère expliquer les mutations esthétiques par l'histoire de la littérature de son temps plutôt que par les événements. Il lit La Vie tranquille (1944) comme un roman familial marqué par l'existentialisme et la fascination d'époque pour le roman américain, que la critique saluait chez elle. Les six années sans livre après 1944 s'expliquent par le retour de déportation de Robert Antelme et la recomposition de sa vie avec Dionys Mascolo.

Moderato cantabile naît d'une nouvelle remarquée par Robbe-Grillet, qui commande un roman à Duras. Le livre inaugure la figure de la bourgeoise qui quitte son foyer et noue la quotidienneté la plus banale à deux accès au sublime, le crime et la passion, comme Hiroshima mon amour à la même époque. Philippe rapproche Duras du Nouveau Roman au sens négatif du refus de l'intrigue et du personnage cohérent, même si elle ne l'a jamais admis. Il note qu'elle « abîme » délibérément son texte jusqu'à l'agrammaticalité. Il distingue trois cycles : le cycle indochinois, du Barrage à L'Amant ; le cycle indien (Le Ravissement de Lol V. Stein, Le Vice-consul, India Song), qu'il tient pour le sommet de l'œuvre ; et le cycle atlantique autour de Trouville et de Yann Andréa. Il commente l'article « Sublime, forcément sublime » (1985) sur Christine Villemin. Selon lui, Duras n'y juge personne mais y retrouve sa confrontation de la quotidienneté et de l'absolu, ce qui n'a pas empêché le scandale.

À partir d'archives où Duras dit sa « jalousie » envers ses propres livres et personnages, Philippe montre l'importance des sentiments forts (jalousie, amour, crime) comme moyen d'échapper au vide, et la souffrance de leur absence. Il décrit une solitude mise en scène dans les lieux d'écriture (Neauphle, les Roches noires), chez une personnalité pourtant très médiatique. Le « style Duras », fixé par ses pastiches, est une écriture de « l'urgence » ou « courante ». Elle repose sur des phrases brèves, une grammaire réduite au minimum, des verbes et des pronoms sémantiquement faibles (« il dit », « elle regarde »), à l'opposé du « gueuloir » de Flaubert. Philippe y voit un modèle racinien : une langue pauvre au service des plus grandes passions. Il distingue deux lectures complémentaires, celle d'une écriture du vide et de l'absence, et celle d'un désespoir face aux grands sentiments inaccessibles. Il rappelle enfin le basculement vers l'oralité après Barthes et la revendication par Duras, après 1968, de « la voix contre la phrase ».

Excerpts

Gilles Philippe sur la rupture de 1958 :

“elle a posé une rupture qu on doit discuter d'emblée mais qui restait dans la tradition de lecture duras une rupture forte et cette rupture se serait 1958 c'est à dire d'une part l'entrée chez minuit [...] et en 58 donc elle passe à autre chose qui sera moderato cantabile dès que tu as très différent il ya un dépouillement qui est désormais sera un petit peu sa marque de fabrique”

Marguerite Duras, en archive, sur son rapport au style :

“je crois que c'est parce que je ne m'en occupe pas du style je m'en doutais pas je dis les choses comme elles nous arrivent sur moi [...] je pose des mots beaucoup de fois des mots d'abord veiller c'est comme si l'étendue de la phrase était ponctuée par la place des mots écrits par la suite la france s'attache aux pour les prêts et s'accorde m comme elle le peut mais que moi je m'en occuperai infiniment moins que des mots”

Gilles Philippe sur le contraste qui fonde le style :

“c'est comme l'anti flaubert c'est l'anti gueuloir absolument et pense qu'on parle de l'avouer pourtant ça crée une émotion très forte elle elle dans ce point de vue là un de ses modèles seraient plutôt racines à savoir une langue réputé en tout cas assez pauvre on le réputé assez minimaliste et en même temps si on détecte la grande de la passion et c'est ce contraste à nouveau qui qu'il a et qui intéresse”