[Not Set]
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)
Core ideas
Un processus culturel qui défait ses propres valeurs. À partir de la formule de la Généalogie de la morale (« nous sommes fatigués de l'homme »), la philosophe explique que, pour Nietzsche, la culture est un ensemble de valeurs assimilées dont la psychologie et la physiologie ne se distinguent pas par nature : les valeurs européennes (pitié, bonté, rationalisme socratique prolongé par l'idéalisme platonicien puis le christianisme) ont rendu l'homme plus doux et plus statique, incapable de se surmonter, et il fuit les risques et la douleur, ce qui approfondit la fatigue (« plus nous tentons de nous protéger de ce qui est difficile et plus nous sombrons dans la fatigue »). La Grèce tragique, pessimiste mais capable d'accepter la vie, sert de contre-exemple, sans idéalisation, car Nietzsche, philologue, distingue des cultures grecques différentes. Le nihilisme n'est donc pas la destruction par un philosophe venu du dehors, ni la cruauté volontaire (l'Alex d'Orange mécanique est l'exemple de ce qu'il n'est pas) : ce sont les valeurs elles-mêmes qui se dévalorisent, par exemple la volonté de vérité qui, poussée à bout, doute de la religion puis d'elle-même, comme le montre le paragraphe 1 de Par-delà bien et mal ; avec la mort de Dieu (Gai savoir, 125), plus rien ne la justifie.
Les réactions possibles. L'extrait de Rohmer (un personnage qui s'applique à ne rien faire) illustre le cas limite : si rien ne vaut, la seule attitude cohérente serait de ne rien vouloir, comme chez Schopenhauer pris entre souffrance et ennui. Nietzsche distingue trois réactions : le désespoir absolu, la création de nouvelles valeurs, et le fanatisme où la volonté, au désespoir, se redonne une vérité absolue. Il appelle à remplacer la croyance par la création, à comprendre le « renversement des valeurs » non comme une simple inversion (le mal au lieu du bien) mais comme une implosion de l'opposition ou le renversement d'une idole, en s'appuyant sur la volonté de puissance comme dépassement permanent, une pensée du corps, de la hiérarchie des différences entre hommes et une acceptation de l'existence dans sa difficulté.
Se faire œuvre, avec du temps. Le texte lu sur le génie qui s'applique à soi-même comme à une œuvre donne la métaphore du sculpteur : travail individuel mais aussi culturel (la tâche du philosophe est de transformer la culture). Il faut tenir compte de ce que l'on est : « l'idée n'est pas de faire table rase du passé », car les ombres de Dieu sont encore là. Les nouvelles valeurs ont besoin de siècles pour s'inscrire, et Nietzsche expérimente en réemployant un vocabulaire ancien (l'âme comme pluralité, l'homme tout entier corps) pour rendre ses idées intelligibles.
Excerpts
“« plus nous tentons de nous protéger de ce qui est difficile et plus nous sombrons dans la fatigue »”
“« ce sont nos valeurs elles-mêmes notre moral elle-même dit parfois Nietzsche qui qui sont conduites à se nier à se dévaloriser »”
“« l'idée n'est pas de faire table rase du passé »”