Meillassoux, Quentin
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Core ideas
Pourquoi Mallarmé aujourd'hui. Après la lecture d'Alain Badiou (le Coup de dés comme poème de l'événement indécidable), Meillassoux y trouve à la fois le caractère aléatoire du monde et une nécessité singulière. Mallarmé n'est pas hermétique mais difficile : il a voulu crypter numériquement son écriture (notes pour le Livre, 24 personnes, comptes d'alexandrins) face au vers libre, dans le contexte d'une « crise de vers » et d'un « interrègne » après la mort de Hugo. Il reste fidèle au projet romantique d'une religion des poètes, tout en la voulant sans croyance, une cérémonie moderne : comme la messe (présence réelle d'un drame), mais sans identification (Rancière).
Le nombre 707. Pour produire l'équivalent de la présence eucharistique, il faut un nombre ; Meillassoux fait l'hypothèse que Mallarmé a codé un nombre dans le poème, qu'on obtient en comptant les mots jusqu'au mot « sacre » (707e), et dont il trouve la « charade » au centre, dans la page du tourbillon (le 7, l'hypothèse, la note si, saint Jean) ; le 707 évoque un Boeing, sans l'avoir cherché. Ce nombre est « l'unique nombre qui ne peut pas être un autre » parce qu'il est issu du hasard (infini) : c'est un nombre nécessaire. Mais il reste hésitant : les mots composés avec un trait d'union (« sentirait », « au-delà », « peut-être ») introduisent une incertitude de décompte ; la page du « e muet » et de la sirène annonce que tout n'a peut-être été qu'un rêve : Mallarmé a-t-il codé le poème ? Le poème devient « bombe à retardement », sacrifice paradoxal, bouteille à la mer qu'un lecteur futur ouvrira (Vigny).
La poésie comme fiction, le « peut-être », la musique mentale. À Tournon, Mallarmé découvre le néant et la puissance du « glorieux mensonge » : si Dieu n'existe pas, la poésie seule a engendré ce qui rayonnait du divin. Contre Wagner, il veut une musique mentale, la poésie portant sa musique ; le Coup de dés doit être vu (typographie, double page). L'hésitation (Hamlet, « seigneur latent ») est l'infini du hasard à l'échelle humaine. Pour Meillassoux, le poème propose aux modernes ironiques la seule façon d'accepter un lien symbolique, voire religieux : la réalité du « peut-être », la beauté de la constellation dispersée, le feu d'artifice.
Excerpts
“« si nous obtenons un nombre par le coup de dés qui est la structure infini du hasard alors ce nombre lui même sera un nombre nécessaire »”
“« si dieu n'existe pas la poésie seule humaine a engendré précisément tout ce qui semblait émerger ou rayonner du divin »”
“« la seule façon peut-être dont nous autres modernes ou postmoderne traversée par l'ironie nous pouvons accepter quelque chose comme un lien symbolique »”