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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Brunel, Pierre & Kopp, Robert & Crépu, Michel

Brunel, Pierre & Kopp, Robert & Crépu, Michel

Brunel, Pierre: professeur de littérature comparée à la Sorbonne

Kopp, Robert: professeur à l'université de Bâle, directeur de la collection Bouquins

Crépu, Michel: critique et essayiste

Des poèmes et textes d'Anna de Noailles ainsi que des lettres de Barrès, Valéry et Bernanos et des portraits par Léon-Paul Fargue et Jean Cocteau sont lus par deux comédiennes ; une productrice non nommée mène les entretiens.

ANNA DE NOAILLES (1876-1933) – Une vie, une œuvre [2002]

Rien ne veut rien dire · Jan 12, 2018 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne ; l'attribution de certains propos entre les intervenants est incertaine.

Core ideas

Pierre Brunel souligne le contraste entre la gloire d'Anna de Noailles de son vivant, saluée par Proust, Gide, Valéry et Cocteau et enterrée à la Madeleine devant une foule immense, et l'oubli où elle est tombée, puisqu'aucun de ses livres n'était alors disponible. Née en 1876, fille du prince roumain Grégoire Bassaraba de Brancovan et d'une mère d'ascendance grecque et orientale, elle grandit entre l'avenue Hoche et Amphion, au bord du Léman. Brunel compare son premier recueil, Le Cœur innombrable (1901), aux Méditations de Lamartine : il apporte un frisson nouveau, un goût sensuel de la vie qui répond au besoin d'une époque lassée du décadentisme et du symbolisme. Tout serait déjà dans l'enfance qu'elle raconte dans Le Livre de ma vie : la mort du père, la nature, un mal-être et une compassion précoces pour le malheur d'autrui.

Robert Kopp, venu à elle par Baudelaire et la réaction contre le décadentisme, voit une poésie presque nietzschéenne, où abondent les épigraphes de Nietzsche à côté de celles de Hugo : préférence pour l'été, le matin, l'énergie et la lumière. Il la replace dans l'Europe cosmopolite et polyglotte que décrit Stefan Zweig, engloutie par la Grande Guerre. Il rappelle ses engagements « de gauche », malgré son milieu : dreyfusarde, contre la répression tsariste, pour l'Arménie et contre la peine de mort, dans la lignée de Hugo. Michel Crépu la décrit comme singulière, étrangère aux avant-gardes comme à l'académisme, liée au romantisme européen. Sa préoccupation est d'abord métaphysique : une « mystique sans Dieu » assoiffée d'infini, dont la perte de la foi est une avancée dans l'inconnu, comme l'avait vu Charles Du Bos.

Brunel interprète la rupture avec Barrès, dont une lettre de 1922 est lue, par une maladresse de dédicace mais surtout par une conception exigeante de la passion qui se passait volontiers de relation physique. Il y voit la clé de ses romans, notamment Le Visage émerveillé, l'amour impossible d'une jeune religieuse, et La Domination, qu'elle retira de la vente parce qu'on y reconnaissait Barrès. Les intervenants évoquent sa santé fragile, sa peur de la folie, sa vie recluse dans sa chambre comme Proust, son monologue étourdissant et ses mots cruels, ainsi que ses amitiés avec Colette, Cocteau et Rilke, qui la traduisit. Ils citent les critiques, de Thibaudet, pour qui elle fut la dernière des romantiques avec Jaurès, à Léon Blum. Brunel conclut sur une poésie rongée par le sens de sa propre mort, comme les sonnets de Ronsard sur la mort de Marie, mais écrite pour être aimée après la mort.

Excerpts

Pierre Brunel sur l'oubli de la comtesse de Noailles :

“quand on pense qu'elle a été célèbre adulé considéré par les plus grands comme un poète de génie et quand on constate qu'aujourd'hui pas un seul de ces livres n'est disponible en librairie on est quand même stupéfait”

Pierre Brunel sur le succès du Cœur innombrable :

“quand on sort de l'époque dite décadente et symboliste [...] avec des états d'âme souvent morbide avec une certaine complaisance dans la mélancolie ou dans les perversions même et la comtesse et la porte de leurs frais elle apporte un goût de la vie sous ses formes les plus spontané sous ses formes les plus sensuelles et sa touche énormément les jeunes gens de l'époque”

Michel Crépu sur la « mystique sans Dieu » :

“je suis une mystique sans dieu c'est elle qui a dit oui c'est exactement [...] on n'est plus dans la religion n'est plus dans la réponse mais on est fondamentalement dans la question voilà toute la souffrance et donc mais aussi dans une certaine jouissance une certaine exaltation”