Bourel, Dominique
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Core ideas
Le sage de Francfort. Schopenhauer quitte Berlin en 1831, l'année de la mort de Hegel (du choléra), passe par Mannheim, puis s'installe à Francfort de 1833 à sa mort (1860). Il y vit en ermite, avec ses livres, ses promenades, ses chiens (un caniche baptisé « Atma », l'âme du monde, à qui il laisse une partie de sa fortune) ; il publie De la volonté dans la nature (1836), Les Deux Problèmes fondamentaux de l'éthique (1841) et surtout les Parerga et Paralipomena (1851), qui lui apportent la célébrité et des visiteurs. La rupture avec sa mère Johanna date de 1821 au plus tard : ils ne se reverront jamais, alors qu'ils vivent à quelques kilomètres, tandis qu'il garde sa sœur Adèle comme confidente. Le vieux garçon rentier, acariâtre, vivant avec une servante âgée, serait cohérent avec une pensée pour laquelle les individus ne sont que des apparences fugitives du vouloir.
Les femmes. Les intervenants discutent de l'« Essai sur les femmes » (lu en partie : un sexe « inesthétique », sans sens de la musique ni de la poésie) et de ses causes possibles : refoulement sexuel (Freud aurait reconnu en lui la pulsion), ressentiment (« si seulement elles avaient voulu de moi », mot rapporté de ses dernières années), mauvaises expériences, mère superficielle ; Goldschmidt note qu'il a vu sans voir ce qu'il disait, comme Nietzsche, et que Thomas Mann évite le sujet. Bourel rappelle que, chez lui, hommes comme femmes sont secondaires : l'essentiel est le vouloir, la vie comme « combat qu'on est sûr de perdre », et l'irruption de la pensée orientale (le voile de Maya, Brahma, Vishnou, Shiva) dans la philosophie occidentale.
L'antisémitisme. Raymond et Goldschmidt évoquent ses propos sur les Juifs : assimilation du peuple juif à l'Ancien Testament et du Décalogue à l'impératif catégorique de Kant, grief contre un monothéisme qui nie une âme aux animaux (contre l'hindouisme), mention du foetor judaicus dans la marge d'un livre de Moses Mendelssohn, règlement de comptes avec Spinoza. Les intervenants soulignent le paradoxe : un homme à l'éducation cosmopolite, héritier des Lumières, aboutit à l'antiféminisme, à l'antisémitisme, à des manies qui l'excluent de la société des hommes. Ils se demandent si l'esthète domine, au-dessus de tout, et soulignent la fixité de son idée du vouloir-vivre ; l'émission se termine sur sa lecture selon laquelle les doctrines chrétiennes doivent être ramenées au brahmanisme et au bouddhisme.
Excerpts
“« il vaudrait mieux pour la philosophie ne pas être que d'être un métier »”
“« la vie c'est un combat qu'on est sûr de perdre »”
“« si seulement elles avaient voulu de moi »”