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Camus, Albert

Albert Camus, entretien et lecture d'un fragment de L'Homme révolté

Rien ne veut rien dire · Oct 27, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full (environ vingt minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec quelques erreurs de reconnaissance ; la date de l'entretien n'est pas donnée)

Core ideas

D'abord un artiste. Interrogé sur la confusion fréquente entre l'artiste, le moraliste et le philosophe, Camus dit se considérer d'abord comme un artiste : il ne parle que de ce qu'il a éprouvé, et ses formules, l'« absurde » et la « révolte », sont des notions vécues, non des déterminations cérébrales. Il refuse l'idée d'une sensibilité originale ; l'absurde est une expérience que chacun peut faire dans le tramway ou le taxi, un sentiment de séparation et d'étrangeté, défini comme la confrontation du monde irrationnel et de la conscience humaine (thème qui date de Pascal). Il fait la critique de ses propres notions, de sorte que ce n'est pas son œuvre qui évolue mais sa vie. La révolte est à la fois la pire et la meilleure des choses ; il veut en tirer une attitude qui ne soit pas de pure destruction : le nihilisme contemporain ne l'intéresse que dans la mesure où l'on peut le dépasser.

Pourquoi l'homme d'aujourd'hui est sensible à l'absurde. Parce qu'il a perdu à la fois ses racines et ses cadres, sa religion, sa foi sociale ; une Europe qui en cinquante ans a tué, déraciné ou déporté soixante-dix millions d'êtres ne peut s'installer dans la satisfaction. L'homme hésite entre la servitude et la folie ; le rôle des intellectuels est de repérer le chemin entre les deux. L'absurde n'est pas pour lui stérilisant mais un point de départ ; l'embourgeoisement du cœur est bien plus stérilisant et peut mener à des actions, des passions et des joies.

Style, composition, théâtre. Contre la mode qui veut qu'il faille mal écrire pour bien penser, Camus affirme que, hors du style et de la composition, il n'y a que des écrivains secondaires, des polygraphes. La Peste est composée en cinq parties avec deux styles, l'un individuel, l'autre collectif, qui s'alternent selon que l'épidémie progresse ou recule (la troisième partie au sommet est toute collective ; le livre finit sur un homme seul dominant la ville). L'État de siège, son premier essai de théâtre « grand public », oppose le style sec, administratif, des fonctionnaires du fléau au lyrisme du peuple, qui représente la liberté et la poésie. Il récuse l'étiquette d'« homme de vertu » : il avoue une parenté très consciente avec tout ce qui est éloigné de la vertu.

Lecture de L'Homme révolté. Le fragment lu évoque l'homme qui refuse le monde sans vouloir lui échapper, la nostalgie d'une forme et d'un absolu qu'on n'atteint pas, le goût de la possession, la vie sans style ; il conclut qu'il y a pour l'homme une action possible « au niveau moyen » : l'absolu ne s'atteint ni ne se crée dans l'histoire, la politique n'est pas la religion, et la révolte doit rester « vigilante » (René Char : l'obsession de la moisson et l'indifférence à l'histoire). L'homme ne peut que diminuer arithmétiquement la douleur du monde ; les enfants mourront toujours injustement, le « pourquoi » de Dmitri Karamazov continuera de retentir, et l'art et la révolte ne mourront qu'avec le dernier homme.

Excerpts

“« ça n'est pas mon œuvre qui évolue c'est ma vie »”

“« en dehors du style et de la composition il n'y a pour moi que des écrivains secondaires des polygraphes »”

“« l'art et la révolte ne mourront qu'avec le dernier homme »”