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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Moulin, Jean-Pierre

Moulin, Jean-Pierre

nom approximatif dans les sous-titres : « boulât », « nolot »

À la poursuite de Nicolas Bouvier (2001) : la voix des gènes

Rien ne veut rien dire · Oct 30, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)

Core ideas

Un Suisse qui bouge, héritier de la sensibilité lémanique. Pour Jean-Pierre Moulin, Bouvier est « profondément suisse », mais un Suisse qui repart toujours pour revenir à Ithaque : la sensibilité de l'arc lémanique (Rousseau, Amiel, Benjamin Constant, Madame de Staël) naît du miroir que le lac renvoie, portrait « à la fois flatteur et angoissé », tempéré par un calvinisme qui demande des comptes plutôt qu'il n'écrase. Bouvier détruit les clichés sur la Suisse (le coucou n'est pas suisse, mais allemand), aime la Suisse alémanique et ses trésors d'images (il est iconographe de métier), a un goût d'Europe centrale, et reste fidèle en amitié. Les atlas lus à plat ventre entre dix et treize ans, et un père bibliothécaire qui l'encourage, donnent l'envie de « tout planter là ». Son voyage lui sert aussi de remède à une dépression, ce que confirme la lettre de 1994 lue dans l'émission.

Voyager lentement, regarder de près. Pour Bouvier et Lacarrière, une vertu de l'état nomade est d'être un « état d'alerte rouge » : on tend l'oreille parce que tout disparaîtra demain, alors que le sédentaire se lasse de s'émerveiller. La marche (pèlerin russe, Rousseau, moines bouddhistes) purge l'esprit, et l'on n'a pas à couvrir de grandes distances. Lacarrière et Bouvier partagent un modèle, Alexandre de Humboldt, le voyageur-naturaliste qui s'intéresse aux poissons, aux oiseaux, aux volcans, aux plantes : modèle devenu impossible à reproduire aujourd'hui. Le monde n'est pas idéologique pour Bouvier : c'est un lieu à découvrir, qui touche à la métaphysique mais reste très matériel. L'Asie l'attire parce qu'elle est un millefeuille historique, et la musique (en Yougoslavie avec son Nagra) lui sert de sésame auprès des policiers hostiles.

Écrire est un exorcisme, l'oral une autre forme. Bouvier se dit calviniste de formation, culpabilisé, et l'écriture lui sert d'opération « presque conjuratoire », d'exorcisme, qui commence par des invectives jetées à la corbeille. Moulin souligne le paradoxe d'un conférencier impeccable, qui parlait sans notes de façon imagée (Thomas Platter, le petit chevrier devenu humaniste), mais qui disait peiner à écrire : le Suisse romand a de la langue française une révérence presque craintive, et Bouvier se forge sa langue en une écriture presque graphique, belle comme un manuscrit carolingien. Il aime les archives (anatomie de Vésale, découverte dans un chariot de bibliothèque), admire Cendrars et Cingria pour leur étonnement devant le petit voyage comme le grand, et anima à la télévision suisse l'émission Noir sur blanc.

Excerpts

“« le monde n'est pas idéologique le monde est un immense lieu à découvrir »”

“« jusqu'au jour où pas trop sûr de soi on s'en va pour de bon »”

“« on tend l'oreille on ouvre l'oeil parce qu'on sait très bien »”