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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Clément, Bruno

Clément, Bruno

membre de l'Institut universitaire de France, professeur de littérature à Paris 8, auteur de L'œuvre sans qualité. Rhétorique de Samuel Beckett, Seuil

Rien (2/4) : Beckett, faire du rien un théâtre

Rien ne veut rien dire · Oct 25, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les titres et les noms propres)

Core ideas

Pas un « dramaturge du rien ». Clément conteste la formule d'ouverture : les personnages disent qu'il ne se passe rien, mais pour le spectateur il se passe toujours quelque chose, et il faut distinguer ce que disent les personnages de ce que fait l'œuvre. Le rien le plus intéressant n'est pas le rien dramaturgique (le reproche : pièces où rien n'arrive) mais ce qui tourne autour de lui : une présence si insaisissable qu'elle en est trop pleine, l'impossibilité de parler pour ne rien dire. Beckett cherche dès avant Godot des moyens d'expression neufs, en poésie, prose, théâtre et art visuel, et se tourne vers la peinture et la musique plus avancées que la littérature ; pour travailler les moyens il faut mettre un moment entre parenthèses la question du sens. Le tournant est Fin de partie (1957), où les personnages disent non plus « il ne se passe rien » mais « quelque chose suit son cours », phrase-leitmotiv qui prépare tout l'œuvre ultérieur. Mal vu mal dit ou Textes pour rien sont des programmes, non des regrets : Beckett vise un état du mal vu et du mal dit.

Le moi, la boue, le désir. Une fois débarrassé de la tradition (savoir, philosophie, morale, citations toujours parodiques), ce qui reste « insupprimable » est la perception de soi, que Beckett fait passer par le « moi » du texte lu (« oui … non … ») : la boue et le noir, qui ne sont pas l'équivalent concret du rien mais l'informe, le non situable. Pourtant il y a chez lui du désir (Badiou, L'increvable désir), et Winnie chante à la fin des Beaux Jours une chanson d'amour dont Beckett a repris les paroles. Clément voit dans le travail de Beckett au théâtre une cassure dans l'histoire du théâtre occidental : resserrer la scène pour en faire le lieu exclusif du crâne (la mise en scène de Fin de partie comme intérieur d'un crâne), et, dans Quad, quatre personnages qui parcourent côtés et diagonales d'un carré sans jamais traverser le centre, « zone dangereuse » du non nommable.

Le comique et l'imagination. Les Beaux Jours (Madeleine Renaud) et Clément Rosset donnent à Clément l'occasion d'insister sur ce que la France occulte : le comique n'est pas un supplément mais le cœur de l'écriture (« rien n'est plus drôle que le malheur »). Le sourire qu'elle provoque est celui de qui comprend la situation tout en la voyant irréaliste. Enfin le récit apparaît comme remède (« le calmant »), mais l'imagination est questionnée dès Watt : images reçues passivement ou convoquées activement, selon Malebranche ; Mal vu mal dit y met en scène une vieille femme que Beckett appelle « la folle du logis ». Beckett n'est pas un philosophe, mais il réfléchit à l'imagination en faisant œuvre d'imagination, et ne tourne pas le dos à la volonté de savoir comment cela fonctionne.

Excerpts

“« pour le spectateur il se passe toujours quelque chose »”

“« quelque chose suit son cours c'est une phrase qui est vraiment light motif »”

“« rien n'est plus drôle que le malheur »”