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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Sabot, Philippe

Sabot, Philippe

professeur de philosophie à l'université Lille III, auteur de Pratiques d'écriture, pratiques de pensée sur Breton, Éluard, Bataille et Leiris

Georges Bataille (3/4) : De l’érotisme à la petite mort

Rien ne veut rien dire · Jan 29, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance ; les extraits lus sont explicites)

Core ideas

Puérilité, limite et transgression. À partir d'un extrait d'Histoire de l'œil (1928, écrit pendant la cure de Bataille chez Adrien Borel) et d'une archive de 1958 où Bataille parle de l'enfantin dans l'érotisme, Sabot montre que le jeu défendu de la littérature renvoie à une expérience primitive, à l'écart des conventions sociales. L'érotisme est confrontation à une limite : limites des corps, limites morales, et exploration de la limite elle-même. Chez Bataille, la transgression ne consiste pas à dépasser la limite mais à s'y tenir, pour ouvrir une perspective sur l'illimité et sur la continuité. Les scènes sont matérielles, « ras les pâquerettes », et pourtant elles portent une métaphysique renversée : non une élévation mais une chute vers le bas, dans la matière, pour y trouver l'expérience humaine dans sa profondeur. L'expérience se dit en pointillés, par des suspensions et des lignes de points où le langage s'arrête.

Continuité et discontinuité. Dans L'Érotisme (1957), Bataille distingue la sexualité de reproduction, commune aux animaux, de l'érotisme propre à l'homme, qu'il définit comme « l'approbation de la vie jusque dans la mort ». Nous sommes des êtres discontinus qui meurent isolément, mais nous avons la nostalgie de la continuité perdue ; la reproduction mène à la discontinuité, comme le travail, et l'érotisme restaure à titre fugitif la continuité par sa violence sacrificielle. Cette continuité reste sacrée mais immanente : pas de transcendance, mais une dimension qui s'enracine dans le plus matériel et le plus obscène. Rire et horreur s'y croisent.

Dieu, le rire, la petite mort. La préface de Madame Edwarda (1956) et le récit de 1941 mettent en scène une prostituée qui dit « je suis Dieu » en exhibant son sexe : Sabot refuse l'idée d'un simple renversement du haut et du bas ; l'œil, organe de la théorie, n'a plus rien d'autre à contempler que la sexualité dans son obscénité, et Dieu « n'est rien s'il n'est pas dépassement de Dieu ». L'extase érotique ne rencontre pas Dieu comme le mystique, elle perçoit brutalement que Dieu n'est rien d'autre que ce mouvement de dépassement. Dans l'avant-propos des Larmes d'Éros (1961), la « petite mort » est l'avant-goût de la mort finale, la seule perspective limitée sur l'illimité, un aperçu qui disparaît aussitôt (« l'homme est ce qui lui manque »). Sabot note l'ambiguïté de l'entreprise : Bataille théorise un désir de ce qui ne peut se maîtriser, et ne cesse de tourner autour de cette béance, en dévoilement et en retrait.

Excerpts

“« l'approbation de la vie jusque dans la mort »”

“« il s'agit vraiment de se tenir à la limite »”

“« une métaphysique qui s'enfonce dans la matière qui s'enfonce dans les corps »”