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Podcasts/Rien ne veut rien dire/[Not Set]

[Not Set]

L'émission n'a pas d'invité. Raphaël Enthoven commente Le Premier Homme en dialogue avec sa coanimatrice Paola Raiman. Les extraits (la tombe du père, l'exécution de Pirette, la fin du chapitre) sont lus par Georges Claisse, et l'émission reprend des extraits sonores de l'adaptation de Gianni Amelio ainsi qu'une chanson de Didier Super.

Albert Camus – Le premier homme (1/2)

Rien ne veut rien dire · Nov 26, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Raphaël Enthoven présente Le Premier Homme comme une esquisse figée en plein envol par l'accident du 4 janvier 1960 : 144 pages retrouvées dans la sacoche de Camus et éditées en 1994 par sa fille Catherine. Il refuse de transformer cet inachèvement en vertu. On peut, comme Sartre, lire l'œuvre comme « totale », mais chaque page bute sur un avenir interrompu, et les hésitations du manuscrit en témoignent (l'oncle tour à tour Émile, Ernest ou Étienne). Le nom de Jacques Cormery est un pseudonyme transparent, aux initiales de J.-C. et à la naissance quasi christique dans une étable. Enthoven construit un chiasme avec Les Mots : Sartre, philosophe de l'inachèvement de l'existence, livre une autobiographie parfaitement achevée, alors que Camus, qui sait décrire des êtres complets et immobiles comme sa mère, laisse un livre inachevé. Il distingue aussi le roman des Confessions de Rousseau, qui sont une justification, et le rapproche de Proust : une célébration, faite pour ceux qu'il aime, qui invite à « bénir tous les moments d'une insignifiante petite vie ».

La scène du cimetière de Saint-Brieuc, longuement lue, donne la clé du livre. À quarante ans, Cormery découvre que son père, mort en 1914, était plus jeune que lui. L'ordre du temps « se fracasse », la statue de soi s'effondre et naît une tendresse pour un enfant injustement assassiné. Enthoven compare trois rapports au père : la filiation d'Aron, qui accomplit le « testament » d'un père qui a échoué ; la liberté sans surmoi de Sartre ; et chez Camus, entre les deux, l'héritage d'un « père cadet » qu'il faut adopter. Il en tire, de façon provocatrice, l'idée d'une génération dont les parents ont été plus enfants qu'elle, pour qui Camus serait l'interlocuteur idéal. Le ciel « désert » renvoie au désert intime de Noces, un silence assumé qui oblige à convertir le néant en loi : le texte serait « la tombe de la loi ».

Le récit de l'exécution de Pirette montre la genèse charnelle des engagements camusiens. Le père, revenu vomir de la guillotine, transmet un dégoût dont Camus n'a aucun souvenir propre et qu'il reprend en ouverture des Réflexions sur la guillotine. Ce n'est pas un principe mais une réaction du corps, selon le mot de Chamfort, « ne jamais se donner de principe plus fort que son caractère ». Le « oui » de l'oncle et le « non » de la grand-mère sur le mobile du crime opposent l'ordre de l'explication à celui de la compréhension, jusqu'au mal pour le mal augustinien, et font écho au « oui » qui précède le « non » de L'Homme révolté. Enfin, Enthoven suit dans le livre la conversion de la « pitié » en « piété », pour la grand-mère, la mère presque muette ou l'oncle : non une piété religieuse, mais l'amour dû à ceux qui nous ont tout appris. Il y voit une morale née des terrains de football, un humanisme sans principe universel, la recherche d'une éternité de l'instant et la lutte d'un « cœur indifférent » contre sa propre indifférence.

Excerpts

Raphaël Enthoven sur le chiasme entre Sartre et Camus :

“le premier homme est l'œuvre inachevée d'un homme qui ne répugne pas la plénitude alors que les mots c'est le livre parfaitement abouti d'un homme qui théorise l'inachèvement constitutif de l'existence là il y a une il y a une opposition il y a un chiasme Sartre Camu”

Raphaël Enthoven sur l'origine de l'engagement contre la peine de mort :

“l'engagement de Camu est né non pas d'un principe il est né d'un dégoût il est né du dégoût de son père et ce dégoût là qu'on lui a raconté puisque c'est sa mère qui le lui raconte sa mère qui n'a pas de mémoire pourtant mais qui le lui raconte”

Raphaël Enthoven sur la pitié devenue piété :

“le mot de pitié se métamorphose lentement dans le premier homme pour basculer vers la piété piété qui n'est pas une piété est religieuse mais qui est au contraire tout ce qu'on doit à ceux qui nous ont tout appris c'est de l'amour”