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Core ideas
Le commentaire s'ouvre sur un constat : Flaubert, auteur selon lui du plus grand roman du XIXᵉ siècle, L'Éducation sentimentale, est moins lu que Balzac ou Stendhal. On le réduit à l'« art pour l'art » et à l'artisan de la phrase, on le confond avec le milieu bourgeois qu'il détestait, et on lui reproche de « faire voir » plutôt que d'enseigner. L'émission veut lui rendre, par la lecture à haute voix qu'il pratiquait lui-même au « gueuloir », la passion et la chaleur humaine qu'on lui conteste. Le jeune Flaubert de Mémoires d'un fou et de Novembre se peint en romantique désabusé, pour qui la vie est « une pensée » plutôt que des faits. Ces œuvres de jeunesse contiennent déjà ses deux tendances, le lyrisme des « grands vols d'aigle » et l'observation qui « fouille le vrai », et déjà le Garçon, figure collégienne de la bêtise d'où sortiront le Dictionnaire des idées reçues et Bouvard et Pécuchet.
L'émission retrace sa vie : fils du chirurgien-chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen, élève qui s'ennuie au collège, étudiant en droit à Paris, puis frappé d'une maladie nerveuse qui le ramène à Croisset. La rencontre à Trouville, à quinze ans, d'Élisa Schlésinger, de onze ans son aînée, marque toute sa vie et toutes ses figures féminines. Son admiration va à Goethe, Rabelais, Cervantès et surtout Shakespeare, et ses amitiés à Alfred Le Poittevin, Louis Bouilhet et Maxime Du Camp. Le tableau de Bruegel vu à Gênes et le spectacle de marionnettes de son enfance lui inspirent La Tentation de saint Antoine, dont des fragments de la première version sont lus. Bouilhet et Du Camp lui conseillent de la jeter au feu et lui imposent un sujet banal, l'histoire d'un officier de santé dont la femme s'empoisonne.
Le commentaire voit dans Madame Bovary, écrit pendant cinq ans dans les affres que racontent les lettres à Louise Colet, une rupture voulue avec le romantisme. Flaubert y élimine le lyrisme et s'interdit de parler par la bouche de ses personnages, tout en restant un romantique lucide, d'où « Madame Bovary, c'est moi ». Son impassibilité n'est pas froideur : le roman joue sur trois niveaux de connaissance (la réalité vue par l'auteur, le rêve des personnages, leurs paroles), dont le décalage crée le drame, Emma étant la plus ignorante de son propre sort. Les scènes jouées de la rencontre avec Léon à l'auberge, de la lettre de Rodolphe dans les abricots et le réquisitoire du procès sur l'extrême-onction illustrent cette analyse. L'acquittement, obtenu notamment grâce au témoignage de Lamartine, apporte à Flaubert une gloire qui l'écœure. L'émission évoque enfin Salammbô, qui reprend le thème de l'ignorance de soi qui mène à l'échec, et le retour vers le souvenir d'Élisa qui conduira à L'Éducation sentimentale.
Excerpts
Le commentaire sur la neutralité de l'auteur :
“flaubert est et restera jusqu'à la fin un romantique mais un romantique qui prend conscience des dangers et des excès du romantisme et refuse de les justifier ainsi sans faillir au principe de la neutralité de l'auteur principes qu'il a érigée en dogme flaubert peut s'incarner dans son héroïne et s'écrier madame bovary c'est moi”
Flaubert, lettre à Louise Colet, sur l'identification à ses personnages :
“je me suis promené à cheval dans la forêt par une après midi d'automne sous les feuilles jaunes et j'étais les chevaux les feuilles le vent les paroles qu'on s'y disait et le soleil rouge qui faisait centre fermé leurs paupières noyer d'amour”
Le commentaire sur les trois niveaux du roman flaubertien :
“les héros ne disent pas ce que l'auteur fait voir et ce qu'ils disent ne répond ni à ceux qu'ils sont ni même à ce qu'ils veulent le roman de flaubert se joue donc continuellement à trois niveaux différents de connaissances qui jamais ne se superposent mais dont l'existence simultanée déclenché le drame”