Cléder, Jean & Bergala, Laure & Marty, Éric & Duras, Marguerite & Bonnaffé, Jacques
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique moyenne ; l'émission inclut une chronique d'Éric Marty sur un livre de Dany Laferrière et une lecture poétique sans rapport avec Duras.
Core ideas
Jean Cléder se demande si Duras aimait le cinéma. Dans le numéro des Cahiers du cinéma qu'elle a conçu en 1980, Les Yeux verts, elle condamne le cinéma « dominant », « du samedi » ou « milliardaire », tout en sauvant Bresson, qui élimine la matière, et Chaplin, dont le passage modifie l'espace. Cléder juge qu'elle aimait surtout son cinéma, et rapporte qu'elle citait avec provocation La Chèvre de Francis Veber comme modèle de récit. Dans une archive de 1966, Duras dit s'intéresser au divorce non résolu entre l'image du visage et la parole. Cléder retrace le conflit autour de l'adaptation de L'Amant par Jean-Jacques Annaud et Claude Berri. Malade pendant les décisions, Duras recycle son propre scénario en un livre, L'Amant de la Chine du Nord, contrepoison au film. Celui-ci reprend fidèlement les dialogues, mais sa reconstitution minutieuse « stérilise l'imaginaire » en montrant tout, quand le livre juxtapose des scènes elliptiques que le lecteur relie. Pour Duras, la véritable action est sa propre diction, au point de proposer à Berri de la filmer lisant L'Amant.
Cléder analyse Le Camion, où Duras et Gérard Depardieu lisent un scénario autour d'une table (« ç'aurait été un film »), entrecoupé de travellings d'un camion dans des zones indéterminées. Duras y voit une « première grammaire du cinéma ». Selon Cléder, c'est un projet à la fois esthétique et politique : des films pauvres qui refusent un cinéma capitaliste censé distraire les travailleurs, et un texte aux propositions politiques incisives. Il rapproche ce cinéma de l'art vidéo contemporain. Il range Duras parmi les écrivains-cinéastes, avec Cocteau, Guitry et Pagnol, et juge que c'est son absence de formation qui lui donne l'audace de ses trouvailles : désynchronisation des voix et des visages dans India Song, réemploi de la même bande-son pour Son nom de Venise dans Calcutta désert, demande faite à Michael Lonsdale de « mal jouer ». Il ajoute que moins l'image contient d'action, plus le spectateur investit sa propre histoire.
Éric Marty souligne le classicisme racinien du cinéma de Duras : la toute-puissance d'une parole qui fait vibrer l'image et lui donne un tempo de tableau. Il rappelle que, selon Duras, Hiroshima mon amour fut le premier film dont les spectateurs se récitaient les répliques. Il craint que ce cinéma paraisse de plus en plus illégitime face au régime cinématographique actuel. Laure Bergala étudie L'Homme atlantique (1981) : quarante minutes faites surtout de plans noirs, entrecoupés de chutes d'Agatha ou les lectures illimitées montrant Yann Andréa et la mer depuis l'hôtel des Roches noires, sous la voix de Duras. Elle y voit une manière d'« assassiner et réinventer » le cinéma. Le plan noir fait pourtant partie du dispositif depuis toujours, et des précédents existent (Maurice Lemaître, le lettrisme, Debord). L'hôtel fonctionne comme une camera obscura. Le film fait éprouver la salle et la voix, sur le thème de l'absence de l'homme parti. Bergala le relie aux Mains négatives, traces de mains dans les grottes paléolithiques, et à la légende de Pline sur l'origine de la peinture.
Excerpts
Marguerite Duras, en archive (1966), sur la parole et l'image :
“lorsque ce visage se met à parler il ya une sorte de divorce ce n'est pas résolu l'accord n'est pas fait entre l'image et la parole c'est un des problèmes qui m'intéresse j'ai toujours souffert quant à nouveau sa mère parle et je crois que sont les questions techniques tout simplement le dosage n'ai pas fait entre l'image et la voix”
Jean Cléder sur l'adaptation de L'Amant :
“ce que duras reprocher au cinéma milliardaire c'est à dire de stériliser l'imaginaire du spectateur en montrant tout si on montre tout on n'a plus rien à imaginer dans le roman quand vous lisez le roman de l'amant il ya quelques scènes qui sont comment dire juxtaposés pour le coup avec beaucoup d'ellipses et c'est bien aux lecteurs de constituer la continuité qui va s'appeler une histoire”
Marguerite Duras, en archive, sur le cinéma qui relève de l'écrit :
“il faut pas les chercher trop loin pour trouver que india song ou sont venus dans calcutta dr ce sont des expériences sur l'écrit [...] parce que le cinéma relève de l'écrit c'est ça qui m'intéresse c'est que le cema relève de l'écrit mais les gens font comme ils esquissent comme comme s'ils ne le savaient pas”