Trédé, Monique & Brun, Patrice & Knoepfler, Denis
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Core ideas
L'émission s'ouvre sur un récit qui « se lit comme un roman » : le contraste entre la violence des faits, les massacres de Platées ou de Mytilène, et la finesse des discours qui délibèrent du sort des vaincus. Monique Trédé retrace une actualité ininterrompue, de la traduction latine de Lorenzo Valla à Thibaudet, qui emportait Thucydide dans sa musette en 1914, et aux lectures de la guerre froide. Elle oppose Thucydide à Hérodote : là où Hérodote racontait la résistance des cités à l'empire perse et collectionnait les mœurs, Thucydide raconte une guerre fratricide entre Athènes et Sparte, élimine l'anecdote et veut léguer un « trésor pour toujours ». Formé par les sophistes, il analyse la guerre comme le médecin la maladie : la cause déclenchante, les causes préparatoires et la « cause la plus vraie », la crainte que la croissance de l'empire athénien inspire à Sparte. Denis Knoepfler relève ses silences délibérés, rien sur le Parthénon ou l'Érechthéion, au profit d'une histoire politique, diplomatique et militaire. Il retrace la vie d'un stratège issu d'une riche famille liée aux mines de Thrace, exilé en 424 après la perte d'Amphipolis face à Brasidas, et qui aurait observé la guerre depuis Corinthe pendant vingt ans d'exil.
Knoepfler souligne le souci d'information d'un « correspondant de guerre » qui donne la parole à l'adversaire et admire Brasidas ou Hermocrate. Trédé commente l'éloge de Périclès, un aristocrate qui guide le peuple au lieu de le suivre, l'oraison funèbre comme éloge du mode de vie démocratique et le récit clinique de la peste. Patrice Brun conteste cette image : Thucydide exonère totalement Périclès, que les poètes comiques et Plutarque rendaient responsable de la guerre. Il fait de Cléon, le tanneur démagogue responsable de son exil, une caricature, et l'on ne voit jamais en quoi Cléon flatte le peuple. Brun y voit la nostalgie d'un aristocrate devant la montée des « roturiers », et parle même de mauvaise foi. Knoepfler confronte le texte aux inscriptions : les listes du tribut confirment les chiffres de Périclès. Le décret monétaire, redaté vers 425, révèle en revanche un impérialisme sur lequel Thucydide se tait, tout comme sur la bataille de Tanagra mentionnée par une stèle découverte lors des travaux du métro d'Athènes.
Trédé suit le récit jusqu'à Pylos, Sphactérie et la paix de Nicias. Le coup de génie de Thucydide est de voir dans cette paix une « paix fourrée » et de faire des vingt-sept ans un seul conflit. Brun nuance : les Grecs voyaient deux guerres, et cette unité relève d'une vision athénocentrique, la « guerre du Roi » perse durant jusqu'en 386. Trédé commente le passage sur la guerre civile de Corcyre, où le sens des mots se retourne et où le monde bipolaire fait de chaque conflit interne un épisode de la grande guerre. Knoepfler montre que le livre VIII, inachevé et sans discours, s'interrompt en 411 : la défaite d'Érétrie s'explique par une révolution oligarchique dans l'île que Thucydide a omis de préciser. Brun conclut que la vision hagiographique d'Athènes est propre à l'historiographie française de la Troisième République, qui opposait Athènes à une Sparte militariste figurant l'Allemagne. Il plaide pour lire Thucydide comme un document à critiquer et non comme un texte sacré.
Excerpts
Monique Trédé sur la méthode causale de Thucydide :
“thucydide comme le médecin cherche à analyser l'élément la cause déclenchante qu'est-ce qui a fait que finalement athènes et sparte en effet sont entrés en guerre et puis là les facteurs préparatoire [...] et puis il aboutit à la cause la plus vraie et la [cause] plus vrai pour [thucydide] et la crainte qu'a créé à sparte la croissance de l'empiré athéniens”
Patrice Brun sur l'idéalisation de Périclès :
“imaginez que périclès était élu quinze fois de rang stratège sans qu'à aucun moment il n'est comme dirait thucydide et comme vous venez de le dire vous même flatté le peuple c'est proprement inimaginable la vision de thucydide vis-à-vis de périclès et une image totalement idéalisée”
Patrice Brun sur la lecture critique :
“tout texte historique quelle que soit la qualité littéraire comme on dit chez nous aussi scientifique du travail doit être lue comme un document et non pas dont il y à faire la critique et pas uniquement l'exégèse”