Agoumi, Sid Ahmed & Derradji, Leïla & Péroncel-Hugoz, Jean-Pierre & de Ceccatty, René & d'Eaubonne, Françoise & Nacer-Khodja, Hamid & Benaïssa, Slimane
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Core ideas
Le documentaire présente Jean Sénac (Béni Saf 1926, Alger 1973) comme un poète « sur tous les fronts ». Militant de l'indépendance pendant l'Algérie française, contrairement à Camus, son « père de substitution », qui choisit sa mère plutôt que la justice, il accompagne ensuite l'Algérie indépendante, utopiste d'une Algérie fraternelle, socialiste et multiraciale. Jean-Pierre Péroncel-Hugoz et Leïla Derradji évoquent son émission « Poésie sur tous les fronts » sur la Chaîne III, mêlant poésie et politique, qui attirait les foules au point que certains la préféraient à un match de football. Ses récitals, même interdits d'annonce, faisaient salle comble à Constantine. Sid Ahmed Agoumi raconte comment l'émission, d'abord consacrée aux poètes du monde, finit par ne plus lire que les jeunes poètes algériens qui lui écrivaient. Hamid Nacer-Khodja, l'un de ces jeunes poètes découverts par Sénac, rappelle son rôle de passeur auprès des peintres et des écrivains, depuis le cercle littéraire fondé en 1946-1947 jusqu'à l'Union des écrivains algériens dont il fut le premier secrétaire. Il évoque aussi sa souffrance de se voir refuser la nationalité algérienne.
Les intervenants décrivent la descente aux enfers : l'émission supprimée en 1972, un article violent dans Le Monde diplomatique sur la situation culturelle, la vie misérable dans une cave à Alger, les promenades nocturnes en solex. Sénac est assassiné le 30 septembre 1973. Agoumi raconte comment il fut interrogé par la police, et Péroncel-Hugoz comme Agoumi y voient le premier assassinat politique d'un intellectuel en Algérie, bien que l'enquête l'ait présenté comme crapuleux et ait fait des témoins des suspects d'homosexualité. Slimane Benaïssa raconte leur dernier repas au bord de la mer, la veille de sa mort, où Sénac semblait vouloir lui raconter toute sa vie, et rappelle que Sénac était favorable à l'arabisation sans en mesurer les conséquences.
René de Ceccatty rapproche Sénac de Pasolini : une poésie civique adressée au peuple mais toujours ancrée dans une intimité souffrante. Il distingue les premiers poèmes concis salués par René Char, la poésie militante autour de l'indépendance, littérairement plus contestable, et le « corpoème » qui célèbre le corps des garçons. Le fameux « Tu es belle comme un comité de gestion », né d'une plaisanterie de café, est défendu par Péroncel-Hugoz comme l'un de ses plus beaux vers. Françoise d'Eaubonne voit l'absence du père inconnu hanter toute l'œuvre, comme la mère chez Genet. Ceccatty attribue la publication tardive de Sénac (Les Leçons d'Œdipe écrites en 1954, éditées en 1983) à une forme de paternalisme colonial et au hasard des personnes dans les maisons d'édition. Nacer-Khodja évoque enfin le critique d'art attentif aux peintres de l'indépendance qui cherchaient dans le signe calligraphique une abstraction, et la présence de Sénac dans les manuels scolaires algériens, réduit pourtant au poète militant.
Excerpts
Jean-Pierre Péroncel-Hugoz sur l'audience de Sénac :
“tant cénac se déplacer pour réciter de la poésie ou fait réciter de la poésie en français sa poésie ou celle des jeunes poètes algériens de l'époque il y avait toujours foule même quand ça n'avait pas été annoncé dans les journaux [...] et neuro préféré parfois écouté la rade les émissions de jean sénac plutôt que d'aller voir un match de football”
René de Ceccatty sur la poésie civique de Sénac :
“ce sont pas des poèmes militants complètement ce sont des poèmes qui garde un fonds d'intimité et c'est ça qui me plaît [...] pour qui la poésie s'adresse au peuple et doit modifier quelque chose dans la conscience du peuple mais toujours avec un fond d'intimité à fond à fond de souffrance individuelle qui est le point de rencontre de la littérature”
Jean Sénac, « Citoyens de beauté », lu dans l'émission :
“je t'aime tu es porte comme un comité de gestion comme une coopérative agricole comme une brasserie nationaliser comme la rose 2010 comme l'unité du peuple comme une cellule d'alphabétisation comme un centre professionnel”