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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Modreanu, Simona & Parfait, Nicole & Jaccard, Roland & Jaudeau, Sylvie & Nicolescu, Basarab

Modreanu, Simona & Parfait, Nicole & Jaccard, Roland & Jaudeau, Sylvie & Nicolescu, Basarab

Modreanu, Simona: autrice du Dieu paradoxal de Cioran, éditions du Rocher, et d'une biographie chez Oxus

Parfait, Nicole: autrice de Cioran ou le défi de l'être, Desjonquères

Jaccard, Roland: auteur de Cioran et compagnie, PUF

Jaudeau, Sylvie: autrice de Cioran ou le dernier homme, José Corti

Nicolescu, Basarab: physicien et directeur de collection aux éditions du Rocher

L'émission est produite par une productrice prénommée Lydia (nom incertain dans la transcription). On entend de nombreuses archives de Cioran, en entretien avec son accent roumain. Des extraits de ses livres, de La Transfiguration de la Roumanie et de la préface de Simone Boué aux Cahiers sont lus par des comédiens. Les intervenants ne sont pas toujours identifiables à l'oral.

Une Vie, une œuvre : Emil Cioran, ou les nuits suspendues (1911-1995)

Rien ne veut rien dire · Dec 11, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité médiocre (archives de Cioran souvent inintelligibles, noms restitués d'après le générique).

Core ideas

L'émission part du paradoxe d'un penseur de l'inconvénient d'être né, tenté par le suicide, qui meurt pourtant octogénaire dans son lit. Roland Jaccard décrit un homme drôle et gai, bon vivant, qui ne parlait jamais de littérature et se réjouissait de n'avoir jamais travaillé. Pour lui, publier un livre était une manière de se ridiculiser, sans cause à défendre, et Jaccard voit dans cette autodérision une élégance qui le rapproche de Lao-tseu et des moralistes français. Cioran refuse le titre de philosophe : penser en système, c'est construire une vérité, alors que la vérité, vécue, est contradictoire. Sylvie Jaudeau situe l'origine de sa pensée dans l'arrachement à Rășinari, le village de l'enfance paradisiaque, à dix ans. La conscience de soi, séparée de la nature, devient chez lui un principe du mal. Cioran raconte en archive l'insomnie de ses vingt ans, une « crise de sept ans » qui abolit la discontinuité du temps, et la phrase de sa mère (« si j'avais su... ») vécue comme une libération. Il dit aussi que l'idée du suicide l'a sauvé : savoir qu'on peut en finir rend tout supportable.

Simona Modreanu insiste sur l'obsession d'un athée pour le dieu chrétien, les mystiques espagnols, les gnostiques et, plus tard, le bouddhisme. Elle lit Cioran comme un « mystique paradoxal » : le paradoxe, figure de la chute, suspend le jugement entre affirmation et négation et fait de Dieu un interlocuteur indispensable, malmené et blasphémé. Basarab Nicolescu oppose cette suspension à sa propre logique du « tiers inclus », qui concilie les contraires sur un autre niveau de réalité, que Cioran refusait. Nicole Parfait lit l'œuvre comme un défi. Face au mal de la conscience et à la douleur, le suicide ne résout rien ; il faut assumer l'existence jusqu'à la transfigurer en beauté. Comme l'orgasme, la musique de Bach ou l'extase, éprouvée une seule fois vers dix-huit ans, n'offrent que des répits. Elle rattache ce choix au désespoir de « vouloir être soi » de Kierkegaard et à la figure baudelairienne du dandy métaphysique, pour qui écrire revient à décider de ne pas se suicider.

Les intervenants n'éludent pas l'engagement des années 1930 : le séjour à Berlin, des articles favorables à Hitler, le soutien à la Garde de fer et l'antisémitisme de La Transfiguration de la Roumanie. Pour Nicole Parfait, l'œuvre française peut se lire comme une tentative de comprendre comment il en est arrivé là, même si son mea culpa ultérieur reprend selon elle des catégories d'exception douteuses. Les témoins décrivent un misanthrope cohérent, sans enfant, fidèle en amitié, qui refusait les prix littéraires et rêvait d'arroser l'humanité à la mitrailleuse tout en donnant son manteau à un enfant. Ils évoquent aussi ses promenades au Luxembourg et ses larmes à l'écoute de la musique tzigane, si fréquentes que Simone Boué finit par confisquer les disques. Les Cahiers, marqués « à détruire » mais conservés, révèlent une vulnérabilité qui, selon les invités, confirme le sens de l'œuvre plus qu'elle ne le contredit. Simona Modreanu conclut sur une liberté fragile, issue du nihilisme sans s'y enfermer, et Jaccard sur un Cioran septuagénaire suivant encore une jeune femme dans la rue.

Excerpts

Roland Jaccard sur le rapport de Cioran à la publication :

“les gens qui publient des livres publie des livres pour qu'on les prenne au sérieux pour qu'on prenne au sérieux leurs idées ils sont au service d'une cause [...] alors que pour sûrement pour moi publié un livre c'est un truc qui était un peu c'est une manière de se ridiculiser en fait ni personne qui a eu d'abord n'y a aucune cause à défendre”

Un intervenant sur l'échec de naître :

“on est né sait déjà c'est déjà un bel échec on n'a pas réussi à ne pas naître dans le fond alors nulle part c'est quand même un comble on ne réussit pas à ne pas naître et on ne se suicide pas non plus par lâcheté par peur par pour toutes sortes de raisons et malgré tout l'humanité tant bien que mal plutôt mal que bien se perpétue”

Nicole Parfait sur l'alternative face au mal :

“on choisit effectivement de ne plus supporter à le suicide [...] mais le mal reste partout ailleurs [...] donc ça ne résout pas le problème donc deuxième possibilité on assume l'existence et le mal qui fait partie de l'existence en essayant de dominer parfaitement cette existence”