Salem, Jean & Brun, Jean & Rodis-Lewis, Geneviève
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Core ideas
Geneviève Rodis-Lewis rappelle que rien n'est plus contraire à Épicure que l'avion Londres-Paris baptisé « les Épicuriens », où l'on servait caviar et champagne, et veut retrouver « le vrai Épicure », ni saint ni débauché. Jean Salem retrace sa biographie : un fils de colon athénien pauvre à Samos et d'une mère qui faisait des incantations, de quoi lui inspirer « une sainte horreur de la religion ». Après l'éphébie à Athènes, ses parents sont chassés de Samos dans le chaos qui suit la mort d'Alexandre. Il découvre l'atomisme auprès de Nausiphane, enseigne à Mytilène et Lampsaque, puis achète en 306 le Jardin, aux portes d'Athènes. L'école, ouverte aux femmes, aux étrangers et aux esclaves, durera sept siècles. Rodis-Lewis compare l'épicurisme à Descartes, pour qui seul l'infini est positif alors que pour les Grecs le fini est parfait, mais qui défend la volupté comme « contentement de l'esprit ».
Jean Brun situe Épicure dans une Athènes perturbée par les successeurs d'Alexandre, l'effritement de l'héritage socratique et le scepticisme de Pyrrhon. Stoïciens et épicuriens partagent le programme de vivre « en accord avec la nature ». Pour les stoïciens, elle est une histoire providentielle à laquelle on dit oui, pour les épicuriens, un système, et le destin est incompatible avec la liberté. Salem cite Lucrèce, pour qui Épicure a « purgé les cœurs ». La nature a rendu facile le nécessaire et difficile le superflu. Le « quadruple remède » enseigne qu'il n'y a rien à craindre des dieux, faits d'atomes et indifférents aux hommes, rien à craindre de la mort, retour au néant, que la douleur est soit supportable soit brève, et que le bonheur est accessible si l'on connaît les bornes du désir. Rodis-Lewis présente une connaissance fondée sur la sensation, enrichie par l'anticipation (prolepsis), la théorie des simulacres, que Bergson comparait au cinéma, et le clinamen, « caprice d'atome » qui fait place à la contingence. Brun montre que les explications multiples des phénomènes célestes visent seulement à exclure le mythe, et Salem souligne qu'elles reposent sur des dogmes intangibles.
Brun refuse de faire d'Épicure un « matérialiste » ou un athée au sens moderne. Il s'appuie sur Albert Rivaud : la matière au sens moderne était inconnue des Grecs. Il rappelle que les dieux existent et que le sage doit vivre « comme un dieu parmi les hommes ». Il distingue les désirs naturels et nécessaires, naturels et non nécessaires, et ni naturels ni nécessaires, avec un retour à la simplicité qui annonce Rousseau, et la devise de ne s'étonner de rien. Rodis-Lewis évoque les banquets mensuels du Jardin, le plaisir esthétique, et une sexualité non condamnée mais méfiante envers l'amour passion. Salem fait d'Alexandre le contre-modèle du désir illimité, ce pothos qui connaît d'avance son insatisfaction. Il décrit les épicuriens comme des « impolitiques » moqueurs, proches des hippies plus que des révolutionnaires, selon la maxime « vis caché ». Il souligne que l'amitié (philia) est un désir naturel et nécessaire, fondé d'abord sur l'utilité et opposé à l'amour exclusif et jaloux. Rodis-Lewis évoque enfin l'inscription de Diogène d'Œnoanda, selon laquelle l'amitié doit faire le tour du monde, et les papyrus d'Herculanum.
Excerpts
Jean Salem sur le quadruple remède :
“on rien à craindre des dieux les dieux existent ils sont composés d'atomes mais ils n'interviennent absolument pas dans les affaires humaines on a rien à craindre de la mort la mort n'est rien pour nous en ce sens que c'est la privation de sensation c'est le retour néant et le néant ne saurait nous faire de mal”
Jean Brun sur les explications multiples :
“ce que je veux que vous sachiez c'est que il n'y a aucun phénomène inexplicable il ne faut pas recourir à une force mystérieuse inconnue et terrifiante tout phénomène est explicable par des causes compréhensibles par des causes naturelles”
Jean Salem sur Alexandre :
“le débauché le boulimique le carriériste ou l'encyclopédiste ne nous montre pas aussi bruillamment qu'Alexandre quelle insatisfaction résulte de l'illimitation du désir”