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Erman, Michel & Laugier, Sandra

Erman, Michel: philosophe et spécialiste de Proust, auteur d'un dictionnaire des personnages de la Recherche

Laugier, Sandra: philosophe, traductrice de Stanley Cavell

L'entretien est enregistré à Illiers-Combray, dans la maison de tante Léonie, avec des lectures de la Recherche. La dernière partie est le journal des Nouveaux chemins, où Adèle Van Reeth s'entretient avec Sandra Laugier sur Cavell, Shakespeare et le scepticisme.

Proust à contretemps (2/5) : Maintenant que la vie se tait davantage…

Rien ne veut rien dire · May 22, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

Raphaël Enthoven part d'Un amour de Swann, roman dans le roman situé avant la naissance du narrateur, qui contient en miniature les thèmes de la Recherche. Michel Erman y voit le « coup du témoin indirect ». Il décrit le salon Verdurin des années 1880, rue Montalivet : une bourgeoisie fortunée mais surtout esthétique, qui affiche la camaraderie au sommet du snobisme. On y joue Wagner avant qu'il soit à la mode, et l'on y exclut quiconque admire un autre pianiste. Madame Verdurin, « la patronne », est tyrannique, hypocrite, dreyfusarde et anticléricale, mais douée d'une vraie intuition artistique, aussi vertueuse que vicieuse. Autour d'elle, Cottard, roi des calembours ratés et snob absolu, et l'archiviste Saniette, bouc émissaire dont l'intégration repose sur son statut de victime. Erman montre une société qui fonctionne par agrégats de distinction et d'exclusion.

Sur l'amour et la mort, les deux interlocuteurs reprennent le « il n'y a pas d'amour heureux ». La mort d'Albertine, annoncée par un télégramme, est totalement contingente, et le narrateur, en décrivant Albertine endormie, fait passer une morte au sommeil. La mélancolie traverse tout le livre : tristesse redoublée par la certitude d'oublier, culpabilité à l'égard de la grand-mère. Erman répond à Mauriac, qui ne voyait aucun personnage à sauver : les personnages proustiens, ambivalents et plongés dans la contingence, sont plus vrais que ceux du roman psychologique, et Swann reste le plus émouvant. Pour lui, le narrateur ne raconte pas ses souvenirs, il raconte la manière dont ils reviennent. D'où la liberté « surveillée » des personnages, pris dans une durée bergsonienne que le « temps à l'état pur » des épiphanies restitue. Lors de la matinée chez la princesse de Guermantes, les êtres ne se reconnaissent plus. Le temps détruit et sculpte à la fois, et la littérature arrive quand « la vie se tait davantage » : un « merveilleux pessimisme ».

La fin de l'émission porte sur la politique. Pendant la guerre, Charlus, germanophile par clan et anglophobe, est exclu et menacé de dénonciation par Madame Verdurin, devenue reine du Paris de la guerre, qui se venge de vieilles humiliations. Le duc de Guermantes échoue au Jockey Club pour un soupçon de dreyfusisme visant sa femme. Les Verdurin deviennent dreyfusards par intérêt autant que par morale, Saint-Loup par amour pour Rachel et pour échapper à sa famille. Erman en tire une leçon : il n'y a pas de vérité en politique, seulement des intérêts et le règne de l'opinion. Proust, attaché à l'art et hostile à un art démocratique du nivellement, montre la légèreté de l'aristocratie passée à une bourgeoisie qui a pris le pouvoir. Dans le journal, Sandra Laugier explique que, pour Cavell, le doute sur la connaissance masque un scepticisme plus profond et tragique, l'impossibilité de rejoindre autrui, chez Othello ou Lear.

Excerpts

Michel Erman sur Madame Verdurin :

“elle est tyrannique elle est totalitaire elle est ouvertement sympathique [...] elle est hypocrite elle est fourbe l ex commune il le pauvre swan du salon parce qu'il ne rentre pas dans l'est les normes qu'elle a elle même édictées et en même temps elle est dreyfusarde elle est anti clérical et elle se méfie des avant gardes c'est vraiment un personnage extraordinairement riche”

Michel Erman sur la manière du narrateur :

“qu'est ce que fait ce narrateur il ne raconte pas ses souvenirs il raconte la manière dont ces souvenirs reviennent [...] il ne se souvient pas il ne raconte pas qu'il se souvient il raconte la façon dont le souvenir lui revenu”

Michel Erman sur le temps retrouvé :

“la vie la véritable vie recomposée c'est la littérature c'est vrai mais la littérature intervient au moment où la vie risquent de finir la leçon du temps retrouvé n'est pas tout à fait une leçon optimiste c'est une sorte de merveilleux pessimisme en quelque sorte”