Genet, Jacqueline & Raine, Kathleen & Jordis, Christine & Rafroidi, Patrick
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité médiocre.
Core ideas
L'émission part d'un paradoxe : Yeats, prix Nobel 1923, passe en France pour un inconnu, alors que la bibliographie française est abondante, avec un Cahier de l'Herne, les traductions des presses de Lille et l'Autobiographie au Mercure de France. Jacqueline Genet retrace sa vie visible : un Irlandais protestant de Dublin, fils de peintre, marqué par les préraphaélites et le « crépuscule celtique ». Un jet d'eau aperçu dans une vitrine londonienne lui rappelle Sligo, terre des contes et des fées, et inspire The Lake Isle of Innisfree. Elle raconte l'amour malheureux pour Maud Gonne, sa demande réitérée après l'exécution de John MacBride en 1916, puis celle adressée à sa fille Iseult. Vient ensuite le mariage avec Georgie Hyde-Lees, dont l'écriture automatique, puis la parole pendant le sommeil, dictent la matière de A Vision : des « métaphores pour la poésie ».
Kathleen Raine fait de Yeats un penseur central du siècle. Il a cherché, comme Blake, une tradition spirituelle exclue par la pensée positive, et conçu une histoire cyclique, entre Platon et Vico, où notre civilisation arrive à un tournant. Christine Jordis rappelle Madame Blavatsky et la théosophie. L'émission évoque aussi la Golden Dawn, issue du rosicrucisme anglais, avec Arthur Machen et le conflit avec Aleister Crowley, puis la scission et la Stella Matutina. Le Second Avènement est lu comme la vision d'une civilisation qui se désagrège. Le volet politique est discuté : sénateur de l'État libre, Yeats s'occupe d'éducation, de monnaie et du divorce. Il est un temps attiré par le fascisme et par les Chemises bleues d'O'Duffy, avant de réécrire ses chants et d'envoyer un message de soutien au congrès antifasciste des écrivains en Espagne. Un musicien replace cette tentation dans le sentiment d'une civilisation fatiguée, partagé par beaucoup d'artistes.
Sur le théâtre, Genet raconte la fondation du théâtre national irlandais en 1899 avec Lady Gregory, chez qui Yeats retrouve à Coole Park une atmosphère de cour d'Urbino. Elle évoque les premières pièces symbolistes proches de Maeterlinck et de Villiers de l'Isle-Adam, les écrans de Gordon Craig, puis la découverte du nô japonais grâce à Ezra Pound. Il en tire les Pièces pour danseurs, une forme qu'il dit « aristocratique ». Les invités s'interrogent sur ce grand poète irlandais qui écrit en anglais faute de parler le gaélique. Ils décrivent une poésie incantatoire, quasi magique, où le rythme prolonge l'instant entre veille et sommeil. Elle unit perfection formelle, voix populaire et enracinement à Sligo et à la tour de Ballylee, et évolue de l'âme populaire à la contemplation, puis à une synthèse.
Excerpts
Yeats raconte les débuts de l'écriture automatique de sa femme (lecture de A Vision) :
“l'après-midi du 24 octobre 1917 quatre jours après mon mariage ma femme surpris vivement en procédant à une tentative d'écriture automatique ce qui nous parlaient en phrases incohérentes dont l'écriture était presque illisible et est si excitant parfois si profond [...] non le futile répondu nous sommes venus te donner des métaphores pour la poésie”
Yeats sur le théâtre inspiré du nô :
“il n'y aura pas de décor car trois musiciens dont le visage apparemment brûlées par le soleil suggérera je l'espère qu'ils ont erré de village en village dans quelques pays de rêve suffiront à décrire le lieu [...] j'ai en fait inventé une forme dramatique distinguer indirects et symbolique qui n'a nul besoin de la populace ni de la presse pour réussir une forme aristocratique”
Christine Jordis sur le rythme incantatoire :
“il disait le propos du rythme mathilde toujours semblé c'est de prolonger le moment de la contemplation le moment où nous sommes à la fois endormi éveillé c'est à dire le moment de la création celui qui nous conduit avec une monotonie séduisante tandis qui nous retient par sa variété”