Naturel, Mireille & Laugier, Sandra
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.
Core ideas
Raphaël Enthoven s'amuse d'Illiers rebaptisé Combray, avec ses madeleines en vitrine et la « maison de maman » au-dessus d'une agence d'assurances. Il y voit une déception typiquement proustienne : le réel n'est jamais à la hauteur du désir ni du nom, et c'est par ces déceptions que le narrateur affranchit le monde de la « tyrannie du particulier ». Mireille Naturel part de la fin du Temps retrouvé, écrite en même temps que le début de Combray. L'œuvre s'est amplifiée de l'intérieur, et son premier titre, Les Intermittences du cœur, dit déjà que la Recherche n'est pas un roman psychologique mais un roman du temps. Elle signale une découverte dans le fonds Jacques Rivière, à Bourges : l'avant-texte de « Mes réveils », dernière prépublication du vivant de Proust. Sa dernière phrase, « je me suis réintégré dans le réel », boucle l'œuvre sur le dormeur éveillé du début.
Naturel insiste sur la figure maternelle. Le deuil de la grand-mère, lors du second séjour à Balbec, prépare celui d'Albertine, et le Contre Sainte-Beuve devait être une conversation avec maman. La scène du baiser du soir revient à la toute fin, 2 500 pages plus loin, par une sorte de mémoire involontaire du texte. Enthoven résume le livre comme l'histoire d'un homme qui découvre sa vocation d'écrivain, qu'on peut lire une seconde fois comme le retour de cet écrivain sur sa découverte. Ils parcourent ensuite les expériences sensorielles qui superposent présent et passé : la madeleine, les pavés, la serviette, la cuillère, le carillon du portail. Ils évoquent aussi les binarismes du temps et de l'espace (Swann et Guermantes, réunis par Gilberte et sa fille) et le « souvenir du présent » bergsonien, illustré par la mère qui apparaît sous les traits de la grand-mère. Pour Naturel, l'analogie est la clé de toute la Recherche.
Ils parlent de l'amour malheureux, lié à la jalousie et à la souffrance, d'Agostinelli derrière Albertine, et d'une chronologie volontairement impossible, qui joue avec l'illusion de réel au lieu de la produire. Swann, esthète qui voit des tableaux dans le réel sans écrire d'œuvre, et Bergotte, qui meurt devant le petit pan de mur jaune de Vermeer, montrent que la mort semble nécessaire à la création. Naturel évoque la reine Bathilde et les énervés de Jumièges comme images du parricide, et Bloch, figure de la superficialité et de l'erreur. Pour elle, c'est un contresens de lire la Recherche comme un roman mondain. Le narrateur, devenu écrivain, ne craint plus la mort en général mais de mourir avant d'achever son œuvre. D'où le mot « fin » posé tôt, et l'image des Mille et Une Nuits, où le récit sauve de la mort. Dans le journal, Sandra Laugier présente l'ordinaire chez Cavell : le langage ordinaire, la voix, et une « inquiétante étrangeté » de l'ordinaire qu'il faut rechercher.
Excerpts
Mireille Naturel sur la dernière phrase publiée du vivant de Proust :
“la dernière phrase publiée du vivant de Proust et finalement celle-ci à force de volonté je me suis réintégré dans le réel donc c'est quelque chose d'extraordinaire cet esprit que l'on dit presque flottant dans l'imaginaire dans l'imagination dans et bien a voulu se réintégrer dans le réel”
Raphaël Enthoven sur la fin qui est un début :
“le livre commence avec un petit garçon qui attend que sa mère vienne lui donner le le baiser du soir et se termine sur un homme qui décide finalement que seule la littérature justifie l'existence sans forcément lui trouver un sens d'ailleurs de sorte qu'on peut lire la recherche deux fois une première fois comme cette découverte de la vocation une deuxième fois comme la façon dont un écrivain revient rétroactivement sur les modalités de cette découverte”
Mireille Naturel sur la peur de mourir :
“il n'a pas peur de sa mort je crois je crois qu'il a peur de mourir avant que son œuvre ne soit achevée et cela c'est une véritable angoisse [...] c'est un homme qui veut absolument rester maître de son œuvre”