Lévy, Bernard-Henri & Camus, David
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.
Core ideas
L'émission commence par l'hommage de Sartre au lendemain de l'accident de Camus. Il parle de « scandale », d'une œuvre mutilée à penser comme totale, d'une « recherche orgueilleuse du bonheur ». Bernard-Henri Lévy y voit le plus beau des « tombeaux » sartriens, à côté de ceux de Nizan, Merleau-Ponty et Fanon. Il explique sa formule : « impossible, même et surtout quand on est sartrien, d'avoir raison contre Camus ». Contre l'opposition scolaire des deux hommes, il souligne leur admiration réciproque et leur commune racine nietzschéenne. Sa thèse est que la politique antitotalitaire de Camus, fondatrice de la culture démocratique et des droits de l'homme, manque d'un fondement dans sa propre philosophie. Cette philosophie de l'« assentiment », naturaliste, qui dit non à l'histoire pour dire oui à la nature, serait en retrait de sa politique. Le pessimisme radical de Sartre, qui refuse aussi bien la dictature de l'histoire que celle de la nature (« Qu'est-ce qu'un collaborateur ? »), lui fournirait sa base. Il rêve d'un aigle à deux têtes, Camus pour la politique et Sartre pour la philosophie.
La lecture croisée de la baignade de L'Étranger et de la nausée de Roquentin montre deux contemporains qui emploient les mêmes motifs mais professent « deux religions ». Camus est grec, plotinien, « africain » au sens du premier Augustin : il accepte le christianisme sauf le péché originel et le mal radical. Sartre est judéo-chrétien, protestant, fasciné et dégoûté par la chair coupable, et croit au péché sans croire en Dieu. Pour Lévy, Camus est le penseur de l'absurde, dont le silence finit par parler, et Sartre celui du tragique, où le silence est irrémédiable. L'animateur nuance en insistant sur le Meursault christique et sur l'idée nietzschéenne d'un « César romain avec l'âme du Christ ». L'Homme révolté, où la révolte refuse de légitimer le meurtre, est confronté à la préface aux Damnés de la terre (« abattre un Européen, c'est faire d'une pierre deux coups »). Lévy la juge « monstrueuse », signe d'une « intelligence devenue folle ». Il la rapproche de Ouragan sur le sucre, des éloges de l'URSS et du texte sur Munich en 1972. Il invite pourtant à relire Fanon, dont l'analyse systémique du colonialisme échappait à Camus, qui n'y voyait que quelques centaines de colons accapareurs. Il rappelle aussi les ambiguïtés de Sartre, qui a vanté les kibboutz devant les maoïstes et a peut-être, avec Maurice Clavel, retenu le bras de gauchistes tentés par les armes.
Sur le fond de la querelle, l'« idolâtrie de l'histoire » que Camus reproche aux sartriens, Lévy maintient que le refus de la dictature de l'histoire leur est commun. Mais Camus en perd le bénéfice en le transformant en assentiment à une nature qui « finit toujours par parler », en « noces ». La liberté sartrienne, construite contre toute extériorité, histoire ou nature, lui paraît plus radicale et plus héroïque, d'où la valeur des Chemins de la liberté. L'animateur défend au contraire chez Camus une nature non normative, une expérience orphique de décentrement, qui permet de « comprendre avant de juger ». Lévy conclut avec Kojève sur les tempéraments du non et du oui. Sartre a dit non jusqu'au bout, tandis que Camus, grand diseur de non, se surprend à Tipasa à dire un « petit oui » qui envahit tout. Dans le journal, David Camus remarque la rareté de l'amour passionné chez son grand-père, plutôt tendre et fraternel avec les femmes, et méfiant de tous les fanatismes. Pour lui, la nature y est aimée sensuellement, comme ce que la vie offre de meilleur aux pauvres. Il insiste sur l'humour de Camus, qu'il entend à travers la voix de son père lisant l'œuvre.
Excerpts
Bernard-Henri Lévy sur l'aigle à deux têtes :
“je me plais à penser une espèce de chimère un corps à deux têtes un aigle à deux têtes comme aurait dit cocto un autre de leurs contemporains dont la tête politique serait Camu et la tête philosophique serait Sartre les deux se regardant d'un d'un regard et d'un sourire bienveillant”
Bernard-Henri Lévy sur l'absurde et le tragique :
“chez Sart le silence est irrémédiable et c'est pour ça que Camus c'est le penseur de l'absurde et que Sart c'est le penseur du tragique et c'est pas pareil l'absurde et le tragique il y a là encore de de de style de rapport au monde et deux religions qui sont qui sont différentes”
Bernard-Henri Lévy sur le oui de Camus :
“puis il y a des gens qui disent très souvent non c'est le cas de l'auteur de l'Homme révolté et puis qui brusquement sous soil sur la roche chaude de Tipaza dans l'eau salée de cette mer Méditerranée [...] se surprennent à à dire un un petit oui qui s'enfle à la mesure de la beauté du style et qui vient t'occuper tout l'espace”