Ellrodt, Robert & Llasera, Margaret & Cazenave, Michel & Dauzat, Pierre-Emmanuel
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne, très altérée sur les citations anglaises.
Core ideas
L'émission présente John Donne (1572-1631), « prince des poètes métaphysiques », qui passe du libertin des Songs and Sonnets et des élégies au doyen de Saint-Paul de Londres, tutoyant Dieu dans ses sonnets sacrés et hanté par la mort. Robert Ellrodt retrace une jeunesse élisabéthaine d'aventurier, embarqué avec Essex contre l'Espagne et vers les Açores, d'où les nombreuses images maritimes de ses poèmes. Son mariage clandestin avec la nièce de son protecteur lui vaut la prison, la disgrâce et une longue pauvreté chargée d'enfants. Ellrodt pense que les grands poèmes de l'amour réciproque, comme La Canonisation, ont été écrits pour sa femme : l'amour y compense la perte de la fortune et de la carrière, et les poèmes cyniques relèvent souvent du paradoxe. Il analyse la poétique de Donne : le conceit, figure de pensée et non d'ornement, une ouverture abrupte qui donne l'impression d'avoir manqué la première strophe, l'énergie rythmique qui suit la pensée en mouvement, l'introduction du prosaïque dans la poésie lyrique, l'union du concret et de l'abstrait (le compas de la Valediction). Il y voit surtout l'union de l'instant et de l'éternel, de la chambre close et de l'univers. Il en conclut que Donne cherche la connaissance de soi plus encore que celle de Dieu, et cite un sermon où il espère d'abord, dans la vision finale, se voir lui-même.
Michel Cazenave situe Donne à l'épuisement du baroque. L'amour y est travaillé par la mort et le manque, et l'absence de métaphores tirées de la nature, loin d'exprimer un défaut de chair, concentre la poésie sur l'union des esprits, des cœurs et des corps. Les métaphores abstraites lui permettent de dire plus crûment ce que son époque interdisait. Il voit en lui une personnalité multiple mais unifiée par l'élan d'Éros, le démon platonicien qui relie l'homme à un ciel désormais absent. Il propose une lecture de l'élégie Going to Bed comme un dévoilement à la fois érotique et métaphysique, où le corps de la femme est une « Amérique » à découvrir et la nudité retrouve celle d'avant la chute. Margaret Llasera montre la fascination de Donne pour la science nouvelle. Il est peut-être le premier poète à évoquer le Sidereus Nuncius de Galilée, dans An Anatomy of the World. Il se représente sur la table de dissection plutôt qu'au lit, et file des métaphores optiques que l'on peut rapprocher du maniérisme : la larme où se reflète, en miroir convexe, le visage enflé de l'aimée, à la manière de l'autoportrait du Parmesan et des ellipses de Kepler.
Pierre-Emmanuel Dauzat commente Biathanatos, traité non publié du vivant de Donne qui soutient que l'homicide de soi n'est pas nécessairement un péché. Il rattache cet écrit à l'origine catholique de Donne, issu d'une famille de martyrs et apparenté à Thomas More, à la culpabilité de son apostasie et à sa formation de juriste et de canoniste nourri des Pères de l'Église, notamment d'Origène. Avec Borges et Thomas De Quincey, il y lit une thèse cachée, le suicide du Christ, tirée de l'Évangile de Jean et d'Origène, et oppose la théologie sacrificielle à une lecture qu'il qualifie de pélagienne. Il évoque la mise en scène de la mort de Donne, qui se fit portraiturer dans son linceul et prêcha son propre sermon funèbre, Death's Duel. L'émission se termine sur la méditation selon laquelle la mort de tout homme diminue chacun, « pour qui sonne le glas ». L'intervenante prénommée Agnès raconte enfin comment une passion amoureuse, nouée par la lecture de La Puce, lui a fait éprouver la conjonction de l'érotique et du mystique propre à cette poésie.
Excerpts
Robert Ellrodt sur le conceit et l'univers des amants :
“c'est qu'ils ne recherchent pas des stéréotypes c'est qu'il ne se fonde pas sur des accumulations et sur des organisations prémédité c'est qu'il a une spontanéité c'est qu'ils visent à la fois au naturel et à la subtilité ou naturelle parce qu'il faut que ce soit un jaillissement et à la subtilité parce qu'il suit le mouvement d'une pensée qui explore une expérience qui cherche à définir et à la justifier”
Michel Cazenave sur la chair dans la poésie de Donne :
“il n'y a jamais eu autant de corps et d'eau si je puis dire de chair et d'os que dans la poésie de donne [...] tout ce qui n'est pas de l'amour lui même tout ce qui n'est pas du lien avec la femme du lien érotique même du lien de chair du lien charnel car dieu sait que dans ses poèmes il ne cesse d'en parler de l'union de l'union des corps tout ce qui n'est pas cela est précisément à expurger”
Pierre-Emmanuel Dauzat sur le titre Biathanatos :
“bias et la force et la violence thanatos c'est la mort donc c'est la mort violente mais ça n'est pas le mot que l'histoire a retenu très vite le mot a évolué il est devenu bio thanatos bios le vivant [...] ça veut dire que quand on se tue on ne se tue pas vraiment où on ne tue pas tout à fait qu' on croit que tu es donc c'est ce paradoxe eux-mêmes qui est la matrice de la pensée de john donne”