Darcel, Jean-Louis & d'Algange, Luc-Olivier & Vivenza, Jean-Marc
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L'émission présente Maistre comme l'un des « derniers grands Européens » : sujet sarde, français de langue et de culture, russe de passeport. Elle refuse la caricature et voit en lui un déchiffreur des événements de son temps comme autant d'énigmes providentielles, et un grand écrivain salué de Balzac à Baudelaire et Valéry. À l'Académie de Savoie, son portrait d'ambassadeur fait face à celui du roi Charles-Félix, dont il évite le regard. Jean-Louis Darcel retrace la formation d'un enfant des Lumières, fils d'un sénateur de Savoie, élevé par des précepteurs jésuites, lecteur de Platon, puis magistrat pendant vingt ans. Ce juriste garde le réflexe de revenir au réel et à l'expérience humaine. Luc-Olivier d'Algange relit l'accusation de paradoxe : chez Maistre, le monde et le langage sont doubles, et la vérité se cherche dans une conversation courtoise où l'on ne veut pas plier l'autre, comme dans les Soirées de Saint-Pétersbourg. Il en fait le maître de Baudelaire.
Jean-Marc Vivenza raconte l'entrée de Maistre en franc-maçonnerie en 1773, puis le passage à la loge écossaise de la Sincérité et la rencontre de Willermoz et de Saint-Martin. Il y voit l'origine d'une idée de tradition primordiale et de révélation antérieure à la révélation, l'âge d'or de la « parole plénière » perdue. Il trace une filiation directe avec René Guénon. Les intervenants décrivent un catholique de dialogue avec les calvinistes et les orthodoxes, travaillant à la réunion des Églises, nourri de comparatisme et lecteur de Voltaire et de l'Encyclopédie. Darcel souligne qu'en 1789 Maistre est un réformateur favorable à une monarchie tempérée par les corps intermédiaires, opposé au despotisme éclairé comme à l'irruption des masses. L'invasion de la Savoie en 1792 le jette sur les routes de l'exil. Il y voit d'emblée une rupture irréversible. Darcel refuse d'en faire un réactionnaire ou un « émigré », puisque Maistre écrivait en 1794 qu'il fallait renoncer à rétablir l'ancien régime.
Aux Archives de Savoie, une archiviste présente sa correspondance chiffrée avec le tsar Alexandre et le roi de Sardaigne, ainsi que ses lettres tendres et ironiques à ses filles, dont Constance, qu'il ne connut qu'à vingt ans. D'Algange insiste sur une pensée qui ne va jamais au bout de ses arguments, par politesse et humilité, et laisse la conversation au lecteur. Vivenza commente une vision presque « dialectique » de l'histoire, où les catastrophes manifestent l'esprit, où la solidarité du genre humain fait la réversibilité des peines, et où même Napoléon sert la fin des temps. D'Algange explique que Maistre a été rejeté à la fois par les héritiers des Lumières et par les maurrassiens. Il aurait voulu penser « le contraire d'une révolution » plutôt qu'une contre-révolution.
Excerpts
Jean-Louis Darcel sur l'exil et la Révolution :
“il la voit tout de suite d'emblée comme un événement majeur comme une rupture majeure comme la rupture essentiel de des temps modernes et il d'emblée il ne se fait aucune illusion là la rupture est consommée et rien ne saurait plus être comme avant quand on fait de joseph de maistre un réactionnaire je crois qu'on se trompe”
Joseph de Maistre, lettre de Lausanne (1794), lue dans l'émission :
“je crois fermement que la monarchie est frappée irrésistiblement j'entends la monarchie absolue et qu'elle n'a qu'un moyen de se sauver c'est de se modifier elle-même [...] il faut que les princes se défasse d'abord de deux finnair également folle celle de démembrer la france est celle de rétablir l'ancien régime”
Luc-Olivier d'Algange sur la politesse de la pensée de Maistre :
“il ya cette façon aussi cette politesse qui est intrinsèque à sa pensée qui n'est de ne jamais aller jusqu'au bout de ses arguments d'abord par souci de ne pas écraser son interlocuteur et puis aussi par souci de ne pas croire que l'on peut épuiser une question”