Waterlot, Ghislain
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Core ideas
La morale close : obligation, habitude, clôture. Vingt-cinq ans après L'Évolution créatrice, Bergson part du dressage social : l'être humain naît pris dans une société disciplinée, dont l'ordre sert la survie. La morale d'abord n'est pas un commandement de la raison mais une habitude incorporée, un « instinct virtuel » entre l'instinct des fourmis et la décision libre ; la solidarité y est organique, limitée à ceux avec qui l'on vit, et suppose des ennemis virtuels au dehors. La religion statique en est le pendant : issue de la fonction fabulatrice, cette faculté de produire spontanément des représentations, elle rassure l'individu devant la mort et le détachement possible du groupe, et assure la cohésion sociale.
L'ouvert : du clos à l'ouvert par un saut, non par élargissement. On ne passe pas de la famille ou de la nation à l'humanité par élargissement progressif : il y a toute la distance « du fini à l'infini » entre le clos et l'ouvert, un saut de nature. Ce saut ne vient pas du groupe mais de la personne : saints et mystiques (le terme de héros est rare) qui, en remontant au principe créateur de la vie, apportent un amour de tout vivant. Par l'« émotion créatrice », le contact avec eux suscite chez d'autres un appel, plus ou moins fort selon chacun. Dans nos sociétés mixtes, la morale ouverte est entrée en s'intégrant à la clôture, d'où une tension permanente, que la structure du livre reflète : l'obligation morale, la religion statique, la religion dynamique, puis la politique.
Le mystique est un homme d'action. Bergson lit la mystique de première main (Delacroix, William James, Madame Guyon, Thérèse d'Avila, Jean de la Croix) et en retient que la contemplation n'est qu'une étape : l'extase est une « station où la machine reste sous pression », suivie de la « nuit obscure », transformation douloureuse où l'âme se déprend d'elle-même ; c'est la volonté divine qui agit à travers lui pour transfigurer le monde. Waterlot discute le christianisme comme mysticisme « complet », contestable, et rapproche la démocratie de sa source évangélique : c'est la fraternité qui articule liberté et égalité. Dans cet ouvrage plus inquiet que L'Évolution créatrice, l'amour prend la place de la liberté.
Excerpts
“« c'est la fraternité qui va permettre d'articuler de manière viable la liberté et l'égalité »”
“« n'est pas un contemplatif abîmé dans des extases plongé dans des visions mais une personne qui agit »”
“« ce n'est pas en préchant l'amour du prochain qu'on l'obtient »”