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Podcasts/Rien ne veut rien dire/[Not Set]

[Not Set]

Compilation - documentaire en forme de collage sonore (réalisé par Thibault Henneton et Isabelle Yhuel, à l'occasion de l'exposition de la Bibliothèque nationale de France sur Debord), mêlant témoignages de proches et de commentateurs (notamment Michèle Bernstein, Daniel Blanchard, Jean-Michel Mension, Ralph Rumney, Gérard Berréby, Christophe Bourseiller, Boris Donné, Laurence Le Bras), extraits des films de Debord, du journal télévisé annonçant sa mort et de nombreux montages détournés d'émissions télévisées et radiophoniques

Une Vie, une œuvre : Guy Debord (1931-1994)

Rien ne veut rien dire · Apr 14, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (émission d'environ une heure ; les voix ne sont pas identifiées dans la transcription par modèle de langage et plusieurs passages se confondent ; les attributions ci-dessous sont donc prudentes et limitées aux cas évidents)

Core ideas

Un montage « debordien » sur un auteur qu'on ne peut pas hériter. La voix d'ouverture rappelle que La Société du spectacle, publiée six mois avant Mai 68, a semblé saisir la mise en scène permanente du monde occidental (télé-réalité, réseaux sociaux), tout en se demandant si elle relève d'une « formidable intuition » plus que d'une théorie structurée. L'émission est construite à la manière de Debord, par détournements : fausses séquences (une rédaction en train de préparer la « nécro » de Debord, un dialogue de Les Enfants du paradis, des extraits de journaux télévisés et de publicités) entrecoupées de témoignages. Un intervenant résume le paradoxe de l'héritage : « tout le monde hérite de Debord » (TF1, Le Monde), alors que Debord n'a donné aucune méthode, seulement « faites de votre vie une œuvre d'art et démerdez-vous », et que ni les hackers, ni les altermondialistes, ni l'extrême gauche n'en héritent vraiment.

Un anti-artiste financé par des femmes et des mécènes. Un commentateur le décrit comme un anti-artiste à l'œuvre de collage au second degré (films composés presque sans images tournées par lui, textes relativement peu nombreux), qui a vécu aux crochets de femmes, puis de mécènes (Gianfranco Sanguinetti, Gérard Lebovici) ; Michèle Bernstein rapporte qu'elle partageait son salaire en trois (un tiers pour Guy, un tiers pour elle, un tiers pour les factures). Les témoins disent qu'ils auraient « battu » quelqu'un qui leur aurait prédit, à vingt ans, une belle exposition à la BnF : l'ambition était d'un autre ordre.

Se chercher soi-même dans tout ce qu'il lit et détourne. Pour comprendre comment il élabore livres et films : dans Shakespeare, Montaigne, les Mémoires du cardinal de Retz, Les Enfants du paradis, Orphée, Le Troisième Homme ou des films de série B, il cherche toujours en quoi cela « parle de lui ». Le détournement s'accompagne d'humour (le Zorro qu'on veut démasquer dans In girum), mais aussi d'identification sincère (Lacenaire dans Les Enfants du paradis). Sa culture classique (Bossuet, Pascal, Racine) se superpose à une culture d'avant-garde (manifestes de Breton, Anthologie de l'humour noir, Vaché, Ducasse, Sade) et à une culture cinématographique de sa génération (Johnny Guitare, Carné, Cocteau).

Enfance, suicide et cendres. Debord dit être « né ruiné » : un père propriétaire d'une usine de chaussures, mort quand il avait quatre ans selon le témoin de cette émission, une mère aux compagnons successifs, puis un beau-père notaire de la Riviera (Charles Labaste), qui lui donne un milieu aisé et fait de lui, enfant roi du clan, quelqu'un qui croit pouvoir vivre sans temps mort et jouir sans entraves. Le journal télévisé annonce son suicide en Haute-Loire (le 30 novembre 1994) ; ses cendres ont été répandues à la pointe du Vert-Galant, lieu de promenade des jeunes lettristes et du bûcher du grand maître des Templiers, ce qui participe de sa mythologie personnelle. Michèle Bernstein dit avoir attendu en vain qu'il se suicide à ses 60 puis 61 ans ; elle estime qu'il s'est « euthanasié » à cause de sa polynévrite et de sa goutte.

Alcool, jeu, amitiés et ruptures. Les débuts de l'Internationale situationniste sont évoqués par des témoins : la boisson quotidienne (« acteurs enragés d'une grande fête »), la découverte de la revue (couverture métallisée, bandes dessinées détournées) par Daniel Blanchard, venu de Socialisme ou barbarie, les réunions dans un bistrot de la Montagne Sainte-Geneviève, les déambulations dans Paris, le « jeu du monde » entretenu par Michèle Bernstein. L'anecdote du poulet-frites acheté boulevard Sébastopol, qu'un récit attribue à une rupture avec Blanchard, reçoit une réponse (apparemment de Michèle Bernstein) : le couple vivait dans un « trou à rats », et Debord aurait surtout exclu Blanchard parce qu'il restait fidèle à Socialisme ou barbarie. Selon un témoin qui évoque leur mariage (apparemment Bernstein), Debord aimait les soldats de plomb, Clausewitz, Machiavel, Gracián, tous théoriciens de la réussite : la stratégie, la révolution comme tâche à mener en prévoyant les réactions de l'adversaire, et la figure du cardinal de Retz (« est-ce qu'il y a une chose plus grande au monde que la conduite d'une partie ? ») sont des clés pour le comprendre.

Marx hétérodoxe et définition du spectacle. Les commentateurs rappellent ses lectures marxistes (Lukács, Korsch, les conseillistes) : une relecture libre, non « marxologique », partie de son approche artistique du monde, la contestation et le dépassement de l'art d'origine surréaliste. Il y redécouvre un Marx de la critique de la valeur, de la marchandise et du travail, et décrit le spectacle comme « la forme contemporaine de la marchandise » (la première phrase du livre reprend celle du Capital). L'essence du spectacle est la séparation entre acteurs et spectateurs (une minorité décide, les autres regardent et approuvent) ; les mass-médias n'en sont que la manifestation la plus visible. Un intervenant illustre avec la tomate hors saison : une « idée de tomate » plutôt qu'une tomate. Les montages sonores convoquent aussi des thèses sur les cinq traits du « spectaculaire intégré » (renouvellement technologique, fusion économico-étatique, secret généralisé, faux sans réplique, présent perpétuel).

Récupération, Mai 68 et pertinence aujourd'hui. Plusieurs intervenants dénoncent la panthéonisation de Debord (acquisition du fonds par la BnF pour environ 2,7 millions d'euros, exposition « Un art de la guerre » placée entre l'exposition Rothschild et celle d'Astérix) : « les institutions se prosternent devant l'homme qui a craché sur toutes les institutions », il devient « une sorte de produit de lessive ». Un autre juge que le Mai 68 qu'on célèbre n'a rien à voir avec celui, initié par Debord dès l'Internationale lettriste, qui visait la transformation de la vie et qui fut vite désactivé par les syndicats et le Parti communiste. Il faut lire Debord plutôt que le mettre en vitrine : sa critique n'a rien changé et la domination s'est affinée, mais elle empêche que le spectacle soit totalement phagocyté. Dernière phrase attribuée à Debord : le communisme, c'est « le Voyage au bout de la nuit pendant la grève générale » ; on y retrouve l'In girum imus nocte et consumimur igni (« nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes consumés par le feu »).

Excerpts

“« On a l'impression qu'à peu près tout le monde hérite de Guy Debord, c'est-à-dire TF1 hérite de Guy Debord, Le Monde est un journal debordien, enfin tout est debordien si vous voulez aujourd'hui. En réalité, les les choses évidemment sont plus complexes. Je crois qu'on ne peut pas hériter de Guy Debord. Je pense que Guy Debord a n'a pas donné une méthode. Il a dit "Faites de votre vie une œuvre d'art et et démerdez-vous". Il n'y a pas de règle en réalité. »”

“« Les institutions se prosternent devant l'homme qui a craché sur toutes les institutions. Et là, je me demande comment gérer ça. [...] Debord devient une sorte de produit de lessive, bientôt des tee-shirts, enfin, voilà, comme les autres, quelque part. »”

“« Alors, 1968, tel qu'il est traité aujourd'hui dans toutes les sphères médiatiques ou ou universitaires, doit finalement rien à Guy Debord. Mais le vrai 1968, tel qu'il a eu lieu à l'époque, doit à peu près tout à à ça. Aujourd'hui, pas mal de personnes laissent croire que Mai 68, c'est un retournement des valeurs, une révolution sociale, voire bourgeoise, qui précède l'été. Et cette idée fausse et archi-fausse, elle est aujourd'hui matraquée, relayée aux dates anniversaires. »”