Labarrière, Pierre-Jean & Demoustier, Adrien & Fabre, Pierre-Antoine & Dhôtel, Jean-Claude & Ristat, Jean & Legavre, Paul
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Core ideas
L'émission s'ouvre sur la lettre de 1551 où Ignace tente de renoncer au généralat. Pierre-Jean Labarrière décrit une « binocularité spirituelle » : un œil vers Dieu, un œil sur les hommes et les événements de son temps, le désir humain étant pour lui un lieu de révélation. Il voit en Ignace le contraire d'un fixiste, dont les textes restent toujours en chantier. Un intervenant replace sa jeunesse dans le Guipuscoa basque, entre ténacité et fidélité à la Castille, l'année de la chute de Grenade et du départ de Colomb, dans une Espagne qui sort de l'islam et entre dans l'Inquisition. Il raconte la blessure de Pampelune, en 1521, et une convalescence où, faute de romans de chevalerie, Ignace lit une Vie du Christ et la Légende dorée. Adrien Demoustier y situe la découverte du discernement : les rêves mondains laissent triste, les vies de saints laissent en paix et pleine d'élan. La prudence avec laquelle Ignace parle de ses visions (« yeux intérieurs », loquela) et le Journal des motions intérieures, que Pierre-Antoine Fabre décrit comme le journal d'un œil qui voit et qui pleure, montrent la place du don des larmes.
Demoustier retrace la route de Montserrat et de Manrèse, marquée par la devotio moderna, puis les universités d'Alcalá et de Salamanque, où Ignace passe surtout par les prisons d'une Espagne inquiète de son unité. Viennent ensuite Paris, les premiers compagnons, l'impossible pèlerinage à Jérusalem et l'offre de service au pape, d'où naît la Compagnie de Jésus, approuvée en 1540. Jean-Claude Dhôtel présente les Exercices comme une méthode pour décider de sa vie, l'« élection », qui mobilise le corps, l'imagination et la volonté : une « révolution copernicienne », car la volonté de Dieu n'est plus donnée de l'extérieur, elle se cherche au-dedans. Labarrière commente l'« indifférence » du Principe et fondement et la méditation du Règne, qui réveille un « grand désir ». Fabre souligne que les premiers textes de la Compagnie sont une écriture collective, et que le quatrième vœu d'obéissance au pape est vécu comme une libération. Labarrière voit dans l'humanisme d'Ignace une voie médiane entre l'optimisme pélagien et le pessimisme de Luther : une synergie augustinienne de la liberté divine et humaine.
Labarrière insiste sur un regard positif sur la création et sur une christologie proche de saint Bonaventure : le Christ se serait incarné même sans le péché, exemplaire de ce que l'homme doit accomplir. Dhôtel rappelle le souci du détail, de la respiration dans la prière à la salubrité des maisons, et des Constitutions que leur auteur voulait ouvertes. Jean Ristat raconte sa traduction des Exercices, née d'une conversation avec Roland Barthes, pour restituer une rhétorique et des répétitions que les traductions avaient gommées. Barthes, cité, y voit une langue de l'interrogation, une mantique. Un jésuite témoigne de ses trente jours d'exercices comme d'une conversion qui structure une vie très active. Labarrière cite la réponse d'Ignace à un recteur indécis, « taillez votre habit dans le drap que vous avez », et les sept mille lettres d'un supérieur qui fait confiance à ceux qui sont sur le terrain, avec droit à l'erreur. L'émission conclut que le mystique, longtemps occulté au profit de l'ascète et du gouvernant, offre aux laïcs une spiritualité pour « chercher et trouver Dieu en toutes choses ».
Excerpts
Pierre-Jean Labarrière sur le regard d'Ignace :
“il est toujours avec un œil et une oreille du côté de l'homme un œil et une oreille du côté de Dieu et il s'interroge sur la corésonance de ces deux domaines l'un par rapport à l'autre certain que l'on ne peut comprendre Dieu qu'en empruntant le regard de l'homme est certain qu'on ne peut comprendre l'homme qu'en se mettant à l'écoute de la Parole de Dieu”
Jean-Claude Dhôtel sur la nouveauté des Exercices :
“avant lui on on savait que la vie spirituelle consiste à faire la volonté de Dieu mais on ne se posait guère la question de la chercherin parce que et bien tout simplement elle était donnée à l'avance [...] le centre de décision n'est plus en dehors de l'homme par un certain nombre de règles de commandement et cetera mais à l'intérieur de l'homme”
Pierre-Jean Labarrière sur la confiance d'Ignace :
“il lui répond mon ami taillez votre habit dans le drap que vous avez c'est le signe aussi de la confiance qu'il faisait de façon radicale à ceux qu'il envoyait euh quelque part”