Suhamy, Ariel & Elster, Jon & Van Reeth, Adèle
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Core ideas
Ariel Suhamy distingue l'objet du Traité théologico-politique, la multitude et ses passions, de son destinataire, le lecteur philosophe : le livre est écrit en latin pour que la multitude ne s'en empare pas. Spinoza veut défaire la confusion entre théologie et philosophie, et donc entre théologie et politique, contre ceux qui rêvaient d'imposer aux Provinces-Unies le modèle théocratique de l'État hébreu. Comme Machiavel, il prend les hommes tels qu'ils sont. Il refuse surtout toute exception : la superstition, née de la fluctuation entre espoir et crainte, est une loi naturelle commune au vulgaire et aux philosophes, explicable comme tout phénomène naturel mais nuisible à la raison, et radicalement distincte de la vraie religion.
À propos du discours de Riyad, où Nicolas Sarkozy loue l'utilité politique de l'espérance religieuse, Suhamy surprend l'animateur en le jugeant assez spinoziste. La superstition dont usent les tyrans repose surtout sur la crainte, alors que l'espoir est une passion joyeuse. Surtout, Spinoza n'est pas un apôtre de la laïcité moderne : c'est au souverain de régler les choses sacrées (jus circa sacra) pour éviter que la religion ne tombe aux mains de sectes qui diviseraient l'État. Débarrassée de la crainte, la religion peut servir l'ordre politique et préparer à la raison, puisque les passions joyeuses accroissent notre puissance. Suhamy précise que Spinoza ne supprime pas Dieu mais substitue au Dieu transcendant, roi et juge imaginé à l'image des hommes, un Dieu immanent. Il ne soumet pas l'Écriture à la raison : la raison sert seulement de moyen pour en dégager le vrai sens contre les projections superstitieuses.
Après la lecture des injures qui accueillirent le livre, paru sans nom d'auteur, Suhamy explique ce qui scandalisait : l'enjeu est la liberté de philosopher, menacée par ceux qui invoquent l'Écriture pour déclarer la raison corrompue et disqualifier la science nouvelle. Le chapitre sur les miracles montre qu'une dérogation à l'ordre de la nature, qui n'est autre que le décret éternel de Dieu, prouverait plutôt l'inexistence de Dieu. Le « miracle » n'est que ce qui nous étonne parce qu'il heurte nos habitudes. L'animateur objecte qu'un monde entièrement intelligible et sans extérieur laisse intacte l'énigme de son existence, et rapproche l'arbitraire du Dieu cartésien, que Spinoza préfère au Dieu leibnizien soumis au meilleur, de la nécessité spinoziste. Suhamy répond que cet étonnement relève encore de l'imagination, puisqu'il n'y a plus d'arrière-monde avec lequel comparer. Dans le journal de fin d'émission, Jon Elster présente L'Irrationalité et distingue choix rationnel, choix adaptatif et choix émotionnel.
Excerpts
Ariel Suhamy sur l'objet et le destinataire du Traité :
“la multitude c'est l'objet du livre et en même temps en annonce qu'il faudra surtout pas que la multitude le lisent le livre c'est pourquoi dira le livre est écrit en latin pour éviter les contresens qui sont inévitables lorsque la multitude s'empare avec ses passions propres de questions spéculatifs ou politique”
Ariel Suhamy sur Spinoza et la laïcité :
“contrairement à ce qu'on dit souvent spinoza n'est pas un apôtre de la laïcité au sens moderne puisqu'il pense qu'au contraire c'est à l'état de prendre en charge l'essentiel de la religion parce que sinon ça va tomber dans les mains de sectaire qu'ils vont introduire dans l'état des défèrements de disputes”
Le Traité théologico-politique, lu dans l'émission :
“mais si le grand secret du régime monarchique et son intérêt principal c'est de tromper les hommes et de colorer du beau nom de religion la crainte ou il faut les tenir a servi de telle façon qu'ils croient combattre pour leur salut en combattant pour leur esclavage et que la chose du monde la plus glorieuse soit à leurs yeux de donner leur sang et leur vie pour servir l'orgueil d'un seul homme”