Daix, Pierre & Coldefy-Faucard, Anne & Jurgenson, Lioubov & Glucksmann, André & Struve, Nikita & Zand, Nicole & Dodine, Lev
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Core ideas
Michel Parfenov part de Rostov-sur-le-Don et de la masure où Soljenitsyne, orphelin de père, grandit pauvre avant de devenir un brillant étudiant en mathématiques et un jeune communiste. Parti au front en 1941, il est arrêté en février 1945 pour des allusions transparentes à Staline dans ses lettres. Lioubov Jurgenson souligne le rôle de la prison, « premier amour », lieu de liberté où ce collectionneur d'êtres rencontre des hommes de tous horizons et apprend l'histoire. Elle décrit la charachka de Marfino (Le Premier Cercle), quittée volontairement pour ne pas céder, puis le camp du Kazakhstan. Soljenitsyne y devient maçon pour garder la tête libre et compose mentalement jusqu'à huit mille vers, mémorisés grâce à un chapelet de mie de pain fabriqué par des Lituaniens. Libéré, relégué, guéri d'un cancer, il écrit Une journée d'Ivan Denissovitch, que Novy Mir publie en 1962 avec l'aval de Khrouchtchev. Pierre Daix raconte comment Elsa Triolet lui confia la traduction parce qu'elle y voyait le retour de la grande prose russe, et comment il reconnut dans le camp d'Ivan le fonctionnement de Mauthausen.
Daix replace la parution dans une brève déstalinisation du PCF, au point que Thorez vanta sa traduction, avant le regel. Parfenov retrace les années de plomb sous Brejnev : l'Archipel écrit avec deux cents rescapés, l'exclusion de l'Union des écrivains, Natalia Dmitrievna, le refuge chez Rostropovitch, le Nobel de 1970. Le KGB extorque la cachette du manuscrit à la dactylographe Elizaveta Voronianskaïa, qui se pend. Nikita Struve raconte la publication clandestine de l'Archipel à YMCA-Press à Paris fin 1973, l'imprimeur Léonide Lifar en larmes devant l'auteur, l'accueil à Zurich après l'expulsion de 1974, la tentative d'empoisonnement par piqûre et l'installation dans le Vermont. Nicole Zand décrit le Moscou de l'expulsion et la déception d'une gauche française qui découvrait un dissident non progressiste. André Glucksmann estime que l'Archipel n'apprenait rien de nouveau sur les faits. Selon lui, sa nouveauté est un ton philosophique, « connais-toi toi-même » : Soljenitsyne guidant ses propres gardiens dans le métro, le lecteur forcé de se voir responsable. Ce qui rendait « sourd et aveugle », c'était l'idéologie, toujours prête à trouver ailleurs le vrai communisme.
Anne Coldefy-Faucard présente La Roue rouge, fresque inachevée qui s'arrête en avril 1917 et doit peut-être son titre à Pilniak. Elle y décrit une écriture propre à Soljenitsyne et non tolstoïenne, des personnages attachants, une méchanceté jubilatoire envers Kerenski et des scènes de rue d'une écriture cinématographique, sans auteur apparent. Lev Dodine évoque sa mise en scène du Premier Cercle à Leningrad avant la chute du communisme. Nicole Zand raconte le retour par Vladivostok en 1994 : un homme qui veut tout voir et prend des notes. Glucksmann, en désaccord avec lui sur la Tchétchénie, salue pourtant le seul à avoir dit que les Tchétchènes furent le peuple qui résista en bloc au Goulag. Struve conclut sur un écrivain réputé archaïque qui, après la « catastrophe anthropologique » du XXe siècle, a renouvelé la langue pour restituer une image de l'homme digne de confiance.
Excerpts
Lioubov Jurgenson sur la composition en camp :
“il faut imaginer un Ivan denisovic qui tout en posant les briques euh écrit un poème euh dans sa tête [...] il a l'impression que les rimes vont lui permettre de mémoriser le texte et alors [soljenitsyne] découvre les capacités [...] absolument prodigieuse de la mémoire humaine”
André Glucksmann sur la nouveauté de l'Archipel :
“au niveau des informations n avait strictement rien de neuf ce qu'il y a de neuf dans sol genitine c'est un ton et ce ton est un ton philosophique il consiste à dire connais-toi toi-même [...] il scrute le stalinisme en lui-même avant de le dénoncer chez les autres”
Anne Coldefy-Faucard sur l'écriture de La Roue rouge :
“on a l'impression que c'est pas seul Gén signe qui écrit qui a une caméra qui a été mise quelque part et qu'on a filmé tout ce qui se passait c'est complètement visuel on a presque l'impression qu'il y a pas de mot”