Atik, Anne & Arikha, Avigdor & Bishop, Tom & Chabert, Pierre & Cixous, Hélène & Lévy, Bernard
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne (nombreux noms déformés, restitués d'après le générique).
Core ideas
Le portrait commence par l'éblouissement des proches devant le visage de Beckett et par la densité de son écriture : deux répliques et un silence condensent ce que d'autres disent en un acte. L'émission rappelle le scandale d'En attendant Godot (1953), le prix Nobel de 1969 et le paradoxe d'une œuvre réputée désespérée mais pleine d'humour, sarcastique et blasphématoire, centrée sur « la tragédie de la naissance ». La jeunesse est marquée par l'échec comme professeur à Trinity College et par une grave dépression. Didier Anzieu, en archive, évoque la cure à Londres auprès de Bion, puis l'écriture de L'Innommable comme une « auto-analyse fictive » plus efficace qu'une analyse réelle. Tom Bishop nuance le rejet de l'Irlande : la mère est sévère, mais la géographie de l'œuvre reste irlandaise, et Beckett a préféré « la France en guerre à l'Irlande en paix ». Bishop décrit trois périodes : l'anglais et l'ombre de Joyce, dont Beckett ne fut pas le secrétaire ; le passage au français vers 1946, après une période de résistance peu connue, pour se libérer de Joyce et des jeux de mots ; puis, après l'impasse de L'Innommable et de Textes pour rien, une œuvre bilingue où chaque autotraduction est une nouvelle création.
Anne Atik et Avigdor Arikha racontent une amitié joyeuse, nourrie de poésie, de musique, de peinture et de bon vin. Pour Arikha, Beckett était un classique plutôt qu'un avant-gardiste de l'absurde. Son économie de langage supposait une maîtrise encyclopédique et une mémoire littéraire immense, et il a pu écrire la misère parce qu'il savait ce qui était beau. Bishop corrige l'image du « sauvage » : Beckett tenait à sa privacy mais aimait dîner, le football et le cricket, et dirigeait ses mises en scène sans aller aux premières. Sur le théâtre, les critiques d'époque, dont Gabriel Marcel qui parle d'un « irrespirable » et d'un « test » clinique, contrastent avec l'analyse de Pierre Chabert. Celui-ci décrit un dépouillement progressif, de Godot à Fin de partie puis à Pas moi et Comédie. C'est une scène non mimétique, faite de scénographies plutôt que de décors, et une synthèse entre l'inspiration picturale (un tableau de Friedrich à l'origine de Godot) et la construction musicale (répétitions, leitmotivs, « on attend Godot »). Roger Blin raconte la création au théâtre de Babylone.
Bernard Lévy explique comment il a accepté les didascalies comme une contrainte créatrice, avec une boîte mentale au lieu du bunker gris habituel. Il voit en Beckett une « rage de vie » et une élégance de l'humour (« il est mort naturellement »), que les lycéens reçoivent sans filtre. Pierre Chabert juge dérisoire l'étiquette de pessimisme dans un siècle qui a connu les chambres à gaz et cite Winnie, dans Oh les beaux jours, qui continue de trouver la journée merveilleuse. Madeleine Renaud raconte sa découverte du rôle. Arikha souligne que Beckett connaissait très bien la Bible, surtout les Psaumes, sans être croyant. Barbara présente Film, tourné en 1963 avec Buster Keaton à partir du « être, c'est être perçu » de Berkeley, et l'adaptation de Tous ceux qui tombent par Michel Mitrani avec Alice Sapritch. Hélène Cixous termine sur une œuvre qui tend vers zéro sans jamais l'atteindre, entre l'abondance de Proust et la maigreur de Beckett, une fidélité à soi présente dès 23 ans et une répétition infinie qui use les mots sans jamais finir. Les derniers mots rapportés de Beckett, « precious little », servent de conclusion.
Excerpts
Tom Bishop sur le passage au français :
“une des choses qui l'ont poussé peut-être la chose la plus importante qu'il a incité inchangé de langues c'était pour se débarrasser pour se libérer du joug de l' influence de joey ce qui était très très très difficile et il pensait sans doute que en anglais il pouvait pas le faire qu'en français ça le distancier de toute manière le français se prêtait beaucoup moins aux jeux de mots calembours”
Pierre Chabert sur la réputation de pessimisme :
“je trouve cela dérisoire qu'on traite de kate d'auteur noir et pessimiste je veux dire dans un siècle comme le nôtre qui a vu les chambres à gaz qui a vu tout ce qu'elle a vu [...] c'est une oeuvre qui est pleine de lumière d'ailleurs pour voir la lumière il faut du noir”
Hélène Cixous sur l'écriture par répétition :
“il procède par répétition par tentative d' usure de la répétition qui est inusable mesure jusqu'à ce qu'ils n'osent plus rien puisqu'à la fin il a pratiquement plus de mots seulement il ya quelque chose d'autre à la place on ne sort pas le rêve ce serait de comme il le dit d'en finir”