Rabaté, Jean-Michel & Aubert, Jacques & Cusin, Michel & Ferrer, Daniel & Jolas, Maria
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Core ideas
Un intervenant résume la vie de Joyce en trois minutes : il rencontre Nora, quitte Dublin, écrit sur Dublin puis sur le langage et devient « un vrai Parisien ». Maria Jolas se souvient d'un homme grand et voûté, silencieux pendant des demi-heures, qui ne voulait pas parler de politique après son enfance irlandaise. Elle décrit ses journées : la nuit de travail, le courrier avec Paul Léon, le premier verre de vin blanc à sept heures, une Nora discrète qui tenait une maison impeccable. Jacques Aubert montre le lien entre Dublinois et Ulysse, avec le chant et les grands ténors des « Morts » qui annoncent l'épisode des Sirènes. Daniel Ferrer donne les repères biographiques. Le 16 juin, jour de la rencontre avec Nora, est devenu le Bloomsday. La revue Little Review est interdite pour obscénité, et Sylvia Beach devient éditrice. Joyce corrige sans fin jusqu'à douze jeux d'épreuves pour Circé, et seule la borne qu'il s'était fixée, son quarantième anniversaire le 2 février 1922, a pu arrêter le livre.
Aubert préfère parler de « rencontre » plutôt que de quête du père. Bloom et Stephen sont deux exilés indifférents l'un à l'autre, et c'est le langage quotidien qui occupe cette distance. Michel Cusin décrit le réalisme minutieux du plan de Dublin, qui sert d'appui pour faire surgir le réel de la condition humaine : la mort, la femme, la tromperie. Bloom est trompé « sur le mode de la vérité » et non du vaudeville. Pour lui, Bloom, qui pleure son fils Rudy, et Stephen, qui cherche un père symbolique hors de l'Irlande catholique et de Deasy, découvrent seulement que la place du père est vide, et c'est ce vide qui permet d'écrire et de vivre. Jean-Michel Rabaté explique l'« épiphanie » de la première esthétique, révélation du réel dans sa splendeur, que Joyce abandonne ensuite pour faire parler l'insignifiant à l'infini, comme dans la page sur le rasage. Il voit Ulysse comme une traversée nietzschéenne qui rompt avec la tradition de la vérité et de la synthèse, et note que le roman recommence avec Bloom au chapitre 4, à la même heure que le chapitre 1.
Cusin lit l'épisode d'Hadès comme une manière de se débarrasser de l'imaginaire irlandais de la mort pour dire que « la mort est dans la vie ». Il lit Nausicaa comme un montage cinématographique entre la bénédiction du Saint-Sacrement et l'exhibitionnisme de Gerty, qui se révèle boiteuse sous le regard de Bloom. Ferrer analyse les Sirènes comme une polyphonie, une pause contemplative où Bloom renonce à empêcher l'adultère, et la transformation des parties du discours comme un « inceste généralisé » du langage. Rabaté décrit le monologue de Molly : une conclusion qui n'est pas une fin, où ses amants se confondent, et le fameux petit déjeuner au lit qui naît peut-être d'un malentendu. Cusin relie l'aveuglement final de Joyce et sa fille Lucia, dont les lettrines sont à la limite du sens, à une vérité qui reste toujours à écrire. Maria Jolas raconte l'exode à Saint-Gérand-le-Puy, la recherche de Lucia internée et le départ pour Zurich sans elle, où Joyce meurt en janvier 1941. Rabaté présente enfin Finnegans Wake comme le « cauchemar de l'histoire », avec les lavandières d'Anna Livia qui ne se comprennent plus et dont la voix se perd dans l'eau de toutes les rivières du monde.
Excerpts
Michel Cusin sur la place vide du père :
“ce n'est pas un père qui a trouvé son fils ni un fils qui a trouver son père c'est plutôt deux êtres humains qui ont trouvé que la place du père était vide et qu'elle permettait justement d'être des fils [...] c'est ce vide qui permet d'écrire et qui permet alors on pe aller plus loin qui permet d'une certaine manière de vivre”
Jean-Michel Rabaté sur l'insignifiant :
“c'est que le langage peut essayer de dire le plus insignifiant et parler à l'infini sur le plus insignifiant et donc à ce moment-là l'Épiphanie est partout”
Daniel Ferrer sur la fin d'Ulysse :
“on se demande si Ulis se serait jamais arrêté s'il ne s'était pas fixé lui-même cette espèce de borne cette espèce d'éco à sa propre naissance qui représenta en même temps la mort de la création il a bien fallu que ça soit [Musique] [Applaudissements] [Musique] fini”