Durbet-Giono, Sylvie & Mény, Jacques & Morzewski, Christian & Magnan, Pierre & Michon, Pierre & Giono, Jean
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Core ideas
Le documentaire part du Paraïs, la maison achetée en 1930 au pied du mont d'Or, d'où Giono domine Manosque à une « distance respectueuse ». Il y a écrit presque toute son œuvre, en déménageant son bureau toujours plus haut dans la maison. Sylvie Durbet-Giono évoque la vie sur la terrasse, la musique permanente, Mozart et Bach, et un père qui notait au milieu d'une conversation des phrases destinées au livre en cours. Les intervenants dessinent un « déserteur du réel » : fils d'un cordonnier anarchiste et d'une repasseuse, ennuyé dans une petite ville « calme à la Tchekhov », coursier de banque, il transforme sans cesse ce qu'on lui raconte. Christian Morzewski décrit le modèle du conteur oriental qui doit retenir son public au coin d'une rue. Pierre Michon voit la guerre de 14, vécue dans la peur à Verdun et au Chemin des Dames, partout présente dans l'œuvre, déplacée vers le sang, le meurtre et l'altruisme flamboyant d'Angelo. Il fallut vingt ans pour qu'elle devienne Le Grand Troupeau, Giono refusant d'en tirer profit comme d'autres témoins.
Viennent ensuite la gloire précoce de Colline, qui fait venir Gide à Manosque, l'Odyssée réinventée comme un « beau mensonge » d'Ulysse, et une Manosque grecque où tout le monde marchait. Les intervenants analysent le symbole de la montagne, vers laquelle montent les héros, contre la ville marchande dont « le cœur est une table de multiplication ». Ils montrent aussi une langue classique, du XVIIIe siècle, enrichie de parlers familiers (« un taille de jambon ») et d'empilements de langues comme dans Un de Baumugnes. Pierre Magnan raconte le Contadour, rassemblement pacifiste fondé sur l'amitié et le tutoiement. Selon les intervenants, les ennuis de Giono avec les autorités sont nombreux : deux mois de prison en 1939, puis un rapport de police de 1940 qui le juge sans influence, un « doux rêveur ». Il héberge pendant la guerre un pianiste juif allemand. À la Libération, on lui reproche un article dans Signal et Deux cavaliers de l'orage publié dans La Gerbe. Les intervenants y voient des vengeances, liées à sa défense de Victor Serge et à l'inimitié d'Aragon, et expliquent que son internement à Saint-Vincent-les-Forts l'aurait protégé d'une exécution sommaire.
Au fond du trou après 1945, Giono planifie la seconde manière : le cycle du Hussard et les Chroniques, avec un « Sud imaginaire » à la Faulkner que salue Henry Miller. Un roi sans divertissement, écrit en un mois sans plan, dans la jubilation, mêle thriller, roman psychologique et historique, nourri de Pascal, Perceval, Dante et Faulkner. Les intervenants soulignent l'humour croissant dans le tragique, l'érudition cachée d'un homme qui prétendait n'avoir rien lu, et le rituel de l'écriture à la plume sur papier paille. Ils retracent aussi son rapport au cinéma : l'émerveillement d'enfant devant le vent filmé, le reproche fait aux films de Pagnol de manquer de mise en scène, L'Eau vive saluée par Truffaut, puis Crésus, réalisé par Giono lui-même. Pierre Michon avoue ses emprunts à Giono (la « foudre bleue », un vol d'hirondelles). Il rapproche son écriture de ceux qui creusent toujours le même trou, comme Nathalie Sarraute.
Excerpts
Un intervenant sur l'étrangeté de Giono :
“il avait une conversation très normal très lucide très logique avec vous et en même temps de temps en temps il s'interrompait pour noter quelque chose qui n'avait strictement aucun rapport avec ce qu'il était en train de nous dire mais qui correspondait à ce qu'il était en train d'écrire donc son son cerveau travaillait sur deux plans”
Jean Giono, en archive, sur la naissance d'un roman :
“devant moi il y a une espèce de de grande cartte blanche de terres inconnues et au milieu de ces terres inconnues un cavellier visible [...] petit à petit des tâches vont se préciser pu le paysage va venir [...] le paysage est fonction parfois de son de musique parfois de conversation parfois de rencontre parce que un personnage que je rencontre ne créera pas automatiquement un personnage dans mon livre mais créera peut-être un paysage dans mon livre”
Pierre Michon sur Giono et la guerre :
“il fait partie moi j'en aurais fait partie aussi des hommes qui ont eu peur il le dit sans arrêt il le dit et quand on a peur à la guerre on ne peut pas aimer la guerre donc il a été obligé de la reporter sur des choses comme le sadisme de de langloire ou euh ou le meurtre des petites filles”