Aury, Dominique & Martin-Chauffier, Louis & Guillemin, Henri & Roy, Claude
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Core ideas
Le portrait suit la vie de Chateaubriand à partir des Mémoires d'outre-tombe, depuis la naissance dans une tempête à Saint-Malo et l'enfance solitaire à Combourg. Dominique Aury juge « essentiel » qu'il soit né en Bretagne : il a donné une expression sublime à la « mélancolie bretonne », tristesse presque consolante d'être séparé de son pays. Louis Martin-Chauffier y voit aussi une imagination « chimérique », sans prise sur le réel. Pendant la Révolution, Chateaubriand refuse d'abord d'émigrer à Coblence et part pour l'Amérique. Claude Roy fait d'Atala le « premier western de la littérature française ». Il admet les invraisemblances (ours et crocodiles côte à côte, perroquets sur les rives du Mississippi), mais juge que ces « mensonges » disent une vérité plus profonde et font de Chateaubriand le maître de la « découverte subjective du monde » dont dépendent Cendrars, Claudel ou Morand.
Henri Guillemin démonte ensuite la légende des Mémoires, documents à l'appui. Selon lui, Chateaubriand ne rentre pas d'Amérique par fidélité au roi après Varennes, mais parce qu'il n'a plus d'argent. Il est marié pour la dot de Céleste, rejoint l'armée des princes le plus tard possible et avoue plus tard n'être royaliste ni par nature ni par instinct. Revenu en 1800 grâce à Fontanes, il obtient sa radiation de la liste des émigrés par des lettres flatteuses à Fouché et au Premier consul, absentes des Mémoires. Le Génie du christianisme, écrit en partie auprès de Pauline de Beaumont pendant que sa femme est délaissée, sert la politique concordataire de Bonaparte et lui vaut un poste à Rome. Déçu de n'être que chargé d'affaires dans le Valais, il saisit l'exécution du duc d'Enghien pour démissionner avec éclat. Guillemin affirme pourtant que sa lettre de démission invoque seulement la santé de sa femme. Il retrace aussi le jeu ambigu avec Napoléon : l'article sur Néron, Les Martyrs comme « candidature », l'élection à l'Académie et le discours refusé, le projet avorté d'une surintendance des bibliothèques. Un autre intervenant ajoute que les arrangements de l'Itinéraire oriental relèvent de la vérité profonde du poète.
D'autres voix insistent sur la grandeur de l'œuvre. Dominique Aury découvre à la Vallée-aux-Loups un Chateaubriand architecte et jardinier, qui inscrit ses voyages dans la maison : bow-windows anglais, péristyle, escalier à double révolution venu d'Amérique, arbres plantés. Un intervenant décrit les Mémoires comme une solution unique au rapport de l'écrivain à l'histoire : une vie « revue et corrigée » qui devient exemplaire parce qu'elle coïncide avec son temps, avec des « portes battantes » entre l'individu et l'époque. Les intervenants citent sa fidélité ostentatoire et caustique à la monarchie (« je suis le convoi de la vieille monarchie comme le chien du pauvre »). Ils relèvent ses jugements cinglants sur les Bourbons et Louis-Philippe, et décrivent un homme divisé, « transfuge de cœur ». Il pose dès 1833 la question de la propriété et des soulèvements populaires, et préfère parfois sa passion pour Cordélia de Castellane à un Conseil des ministres. Martin-Chauffier lui dénie tout sens du péché et toute vie spirituelle réelle. Un autre intervenant pense qu'il a aimé une « sylphide » de rêve plus que les femmes réelles.
La fin du portrait exalte le vieil écrivain. Les intervenants voient dans la Vie de Rancé, commande pieuse devenue « le génie en liberté », un testament brûlant et moderne. Ils retrouvent dans les Mémoires l'Ecclésiaste et la vanité des puissants, comme dans la méditation sur le congrès de Vérone où tous les souverains sont morts. Ils y trouvent surtout un télescopage des souvenirs (« nos souvenirs sont étendus en couches régulières et parallèles ») qui annonce Proust. Le documentaire se clôt sur la lecture de la tombe du Grand-Bé, face à la mer.
Excerpts
Dominique Aury sur la mélancolie bretonne :
“c'est la mélancolie bretonne mais la mélancolie bretonne est une chose tellement réel [...] c'est une tristesse d'ailleurs agréable faux pas du tout pensé que c'est une tristesse pénible c'est une triste est presque consolante que l'on éprouve à être séparée de son pays et que l'on éprouve d'autre part à la apercevoir [...] je crois que chateaubriand l'a exprimé et exprimant cela l'a exprimé pour tout un peuple”
Claude Roy sur les « mensonges » du voyageur :
“chateaubriand et le maître de la découverte subjective du monde je sais bien que si notre ami henri guillemin passée par là il nous démontre ray pièces et fish en main que chateaubriand a beaucoup menti que a beau mentir qui vient de loin mais je ne suis pas très sûr que les mensonges de châteaubriant ne cache pas une vérité plus profonde et que son art de ne pas dire exactement la vérité n'équivalent pas en fin de compte à dire la vérité profonde des pays où il a été”
Lecture des Mémoires d'outre-tombe sur la fidélité :
“il y à des hommes qui après avoir prêté serment à la république une et indivisible au directoire en cinq personnes au consulat en trois à l' empire en une seule à la première restauration à l'acte additionnel aux constitutions de lempiras la seconde restauration ont encore quelque chose à prêter à louis philippe je ne suis pas si riche moi”