Astor, Dorian
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Core ideas
Une pensée musicale, un travail souterrain. À partir de la page d'Ecce homo sur la « révélation », Astor décrit la pensée de Nietzsche comme un travail souterrain qui explose à la surface de la conscience, avec une dimension rythmique et physiologique ; mais Nietzsche n'élève pas l'improvisation en idéal : il l'admet comme degré le plus bas et exige un travail de rigueur et de classicisme (la liberté par la contrainte). Sa pensée procède par « extirpations » de ses propres instincts : Schopenhauer, puis plus violemment Wagner, « son plus grand danger ». Nietzsche admire en Schopenhauer le génie solitaire et la liberté d'esprit, mais ce qui l'arrache à l'éthique du renoncement est le problème grec : le dionysiaque, la transfiguration par l'art d'un pessimisme de la force.
Wagner, l'antisémitisme, les faibles. Astor distingue l'amitié pour Wagner de la critique du wagnérisme : à la pose de la première pierre de Bayreuth (1872), Nietzsche voit Wagner isolé et partage sa solitude, puis rejette le wagnérisme « traduit en allemand ». Les rares propos antisémites de jeunesse relèvent de la complaisance envers l'air du temps et envers Wagner (un brouillon parle du « journaliste juif », corrigé en « journaliste d'aujourd'hui » dans le texte imprimé) : « il n'y a pas de sincérité antisémite chez Nietzsche », qui se définira ensuite anti-antisémite et se moquera de sa sœur. Face à la phrase « périssent les faibles et les ratés », Astor insiste que faiblesse et échec désignent le nihilisme, la volonté d'en finir, non des groupes humains ; la faiblesse, plus nombreuse, s'est imposée dans la culture depuis Socrate. Après avoir été ambulancier en 1870, Nietzsche devient germanophobe et francophile en voyant l'Allemagne confondre victoire prussienne et progrès de la culture ; il retient de Burckhardt la méfiance envers l'État comme porteur de culture, l'anti-hégélianisme et l'idée d'une histoire monumentale des grands individus.
Temps long, masques, plasticité. Nietzsche pense en siècles et en tradition, d'où l'impression de prophétie quand on le lit un siècle plus tard : il anticipait des phénomènes déjà présents. Le moi est une accumulation de masques sans dernier masque ; la profondeur reconduit à la surface, venue du couple Dionysos/Apollon (apparence comme expression et dissimulation de l'être) ; il n'y a pas de monde en soi, mais une réalité « infiniment plastique » que la volonté de puissance définit. Le jugement esthétique devient de plus en plus physiologique : les répétitions de la Tétralogie en 1876 provoquent maux de tête et vomissements, et l'art du détail wagnérien irrite les nerfs, quand Carmen de Bizet exalte. L'émission s'achève sur Lou Salomé : Nietzsche avait raison de voir en elle un esprit libre, mais se trompait en croyant que les esprits libres pouvaient former une communauté.
Excerpts
“« la faiblesse est beaucoup plus forte que la force elle-même »”
“« il n'y a pas de sincérité antisémite chez Nietzsche »”
“« il n'y a pas de dernier masque »”