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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Höhn, Gerhard & Werner, Michel & Lefebvre, Jean-Pierre

Höhn, Gerhard & Werner, Michel & Lefebvre, Jean-Pierre

Höhn, Gerhard: essayiste et journaliste, auteur de Heinrich Heine, un intellectuel moderne

Werner, Michel: germaniste, directeur d'études à l'EHESS

Lefebvre, Jean-Pierre: germaniste, professeur à l'École normale supérieure

La réalisation est attribuée à Daniel Fontana-Rosa (nom incertain). Des extraits des Tableaux de voyage, de De la France, de De l'Allemagne, du Romancero, des Aveux et du testament de Heine sont lus et chantés par des comédiens non nommés.

HEINRICH HEINE (1797-1856) : Un intellectuel européen – Une vie, une œuvre [1994]

Rien ne veut rien dire · Apr 20, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

Gerhard Höhn présente une figure aux multiples visages, poète, journaliste et philosophe, lyrique et ironique, qui refuse de jouer sérieusement aucun des jeux prescrits, ce que la critique a réduit au « dilettantisme ». Il relève aussi l'ambiguïté d'un auteur dont les traductions autorisées l'ont fait passer pour un écrivain français, et qui note avec humour que les Français ont fait de « Heinrich Heine » un « rien ». Michel Werner et Jean-Pierre Lefebvre racontent leur redécouverte des années 1960. Ils y trouvent un poète d'une maîtrise formelle extraordinaire qui ne rechigne pas à parler du quotidien, et l'auteur allemand qui a eu le rapport le plus sérieux à la philosophie tout en jouant avec les rimes. Höhn retrace la vie : une enfance à Düsseldorf sous domination française et Code Napoléon, l'échec commercial, les études à Bonn, Göttingen et Berlin auprès de Hegel. Viennent ensuite le Livre des chants et les Tableaux de voyage, une prose satirique mordante, puis une conversion au protestantisme comme « billet d'entrée » dans la culture européenne qui ne lui ouvre rien.

Après 1830, Heine s'installe à Paris, la « Jérusalem des temps modernes », pour assister à l'histoire en train de se faire. Il y vit vingt-cinq ans et y meurt en 1856. Höhn décrit une mission « pacifique » de passeur : faire connaître aux Allemands la modernité politique française, et aux Français la philosophie et la littérature allemandes, avec De la France, sa préface contre la Prusse, et De l'Allemagne. Ce dernier décrit trois révolutions, la Réforme, la philosophie et la révolution politique encore à faire. Werner évoque le saint-simonisme, sa « réhabilitation de la chair » et son rôle d'écrivain-prêtre du progrès, puis la sympathie de Heine pour les communistes comme seuls adversaires du nationalisme allemand. Höhn montre comment la censure, qui interdit ses livres en Allemagne de 1835 à 1848, façonne un style de contrebandier. Il souligne enfin l'antisémitisme dont il fut victime et la double identité germano-juive, plus déchirante que l'identité franco-allemande. Heine fréquente les salons de George Sand et de la princesse Belgiojoso, ainsi que Gautier, Dumas et Nerval, son traducteur. Lefebvre nuance l'image sentimentale imposée par les lieder de Schumann.

Höhn applique à Heine la définition de Sartre : l'intellectuel se mêle de ce qui ne le regarde pas, en réclamant pour l'Allemagne les droits constitutionnels promis par la Prusse. Il conteste le mythe d'un Marx qui aurait ouvert les yeux de Heine en 1843-1844 : c'est plutôt Heine, déjà au fait de Hegel et du socialisme français, qui aurait éclairé le jeune Marx. Lefebvre lit les Aveux de la fin, avec leur renoncement au communisme et à Hegel et le fameux « j'aime le peuple mais à distance », non comme une palinodie mais comme le constat qu'il est difficile de faire passer les idées dans la réalité. Paralysé dans sa « tombe matelassée » à partir de 1848, Heine s'identifie à Lazare, revient à un Dieu personnel sans dogme et voit dans le Romancero l'éternel retour du mal, sans cesser d'espérer, comme dans « L'Enfant perdu ». L'émission conclut sur ses redécouvertes successives, après 1968 en particulier, sur le « scandale allemand » qu'il incarne et sur son testament de 1851 en faveur de l'entente cordiale entre la France et l'Allemagne.

Excerpts

Jean-Pierre Lefebvre sur le paradoxe de Heine :

“cet auteur de texte qui peuvent sembler légers étaient en même temps l'un des auteurs de la littérature allemande qui avait eu le rapport le plus sérieux à la philosophie c'est-à-dire à des textes difficiles c'est ce paradoxe là qui m'a attiré c'est l'idée que il y avait chez lui l'expérience de la pesanteur du discours théorique en même temps que ce goût du jeu avec la parole”

Gerhard Höhn sur l'écriture sous la censure :

“il y a une très belle phrase quand il dit la contrebande que je porte avec moi c'est dans ma tête que je la cache exactement donc c'est montrer face à cette adversaire terrible [...] un véritable stratège l'écriture qui consiste de camoufler la marchandise qu'il fallait amener au port qui était l'opinion publique”

Jean-Pierre Lefebvre sur le « j'aime le peuple » des Aveux :

“l'amour du peuple quelque chose qui dure qui est fort pas parce que c'est une une entéléchie ou une belle idée qu'il faut garder mais parce que c'est un amour qui est toujours renouvelé par l'expérience [...] il fait le constat que le contact entre la réalité et l'idée et quelque chose de difficile”