Bataille, Georges
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Core ideas
La trompette guerrière. Amrouche pose la question de départ : l'art est-il un moyen efficace d'exprimer, donc de surmonter, l'angoisse des hommes ? Bataille choisit un exemple volontairement provocant, la trompette guerrière : l'art le plus accessible aux âmes simples, qui s'adresse à des hommes sur le point de mourir, et dont l'effet est un « commencement d'ivresse » qui renverse l'angoisse en son contraire, l'instant présent seul comptant. Roy, décontenancé, conteste que ce soit de l'art : la musique militaire parle d'autre chose, elle étourdit, elle arrache les hommes à eux-mêmes ; un art vrai doit révéler. Lescure raconte avoir vu, sous un bombardement, un Américain lire le récit de l'angoisse fictive de marins pour conjurer l'angoisse réelle : exorcisation par le divertissement ou « tour d'ivoire ».
Créer, éprouver, cathartiser. Poulet évoque la trompette du jugement dernier pour dire que ce qui l'effrayait enfant était de rester seul quand tout s'éveille : pendant que l'œuvre existe, on coïncide avec elle, mais une fois le poème fini, l'auteur reste là avec son angoisse, tandis que l'œuvre s'en va ; l'art peut même précipiter les artistes dans un enfer plus douloureux. Bataille répond que les hommes sont avides d'angoisse, que l'art est un moyen de la chercher à meilleur marché que sur un champ de bataille, et que l'œuvre peut réveiller ceux qui l'éludent par d'autres moyens, scandale nécessaire ; Roy cite Leiris (la littérature comme tauromachie) et une aliénation de l'écrivain. L'échange glisse vers la tragédie : le spectateur, à la différence de l'auteur, peut coïncider avec le héros et trouver le bonheur dans le dénouement (la fin de Phèdre, le jour restitué à sa pureté), moment d'éblouissement pour Bataille, « retour à l'ordre » pour Poulet, victoire sur le destin pour Roy.
Une conclusion ouverte. Amrouche reconnaît que rien n'a été résolu : ils ont seulement exposé quelques idées et impressions. Fil conducteur : l'art vrai n'est pas simple divertissement pascalien ; il révèle notre réalité et notre angoisse, ce qui peut produire une joie, mais l'efficacité de l'art sur l'angoisse reste à la fois certaine pour le public et problématique pour le créateur.
Excerpts
“« ce commencement d'ivresse qui doit faire passer de l'endroit à son contraire »”
“« l'art vrai nous révèle nous révèle la réalité nous révèle notre réalité »”
“« au spectacle un désastre dont nous sortons avec le sentiment d'être victorieux »”