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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Corbin, Alain

Corbin, Alain

historien, professeur honoraire à Paris I Panthéon-Sorbonne, auteur de Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours, Albin Michel

Silence ! (3/4) : Le silence a-t-il une histoire ?

Rien ne veut rien dire · Mar 12, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (environ quarante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec de nombreuses erreurs de reconnaissance ; l'émission se clôt sur un hommage à Jean-Louis Jacopin, lecteur de l'émission mort le dimanche précédent)

Core ideas

Comment faire l'histoire du silence. Corbin passe de l'histoire des odeurs à celle du silence, après Chateaubriand pour qui il y avait une histoire du silence. Il n'existe pas d'archives administratives du silence : seule l'« écriture de soi » (autobiographie, correspondance, journal intime) en parle, car l'histoire du silence relève de l'histoire des émotions. Le silence n'est pas l'absence de bruit : l'intolérance au bruit, née vers 1860 (Nadar contre les cloches et la chaudronnerie), est une autre histoire, liée à la distinction sociale et à la mise à l'écart d'un peuple « qui hurle ». Aujourd'hui le silence fait peur aux jeunes privés de leurs écrans : on a peur d'être face à soi-même, alors que le silence s'apprenait à l'école, au dortoir, dans les maisons religieuses. Le présentateur parle d'une histoire des « textures » du silence.

Textures et esthétique. Fromentin (Un été dans le Sahara) décrit le silence comme « une sorte de transparence aérienne qui rend les perceptions plus claires » ; Thoreau (Walden) entend le silence grâce à un petit bruit, une grenouille, un moustique, et voudrait entendre pousser les haricots ; Maurice de Guérin est un romantique attentif à la nature. Chateaubriand, envoyé à la Trappe par son directeur de conscience en 1844, ne comprend pas le silence de l'abbé de Rancé, silence de la prière et de l'écoute de Dieu, preuve qu'il y a une histoire du silence. La règle de saint Benoît fait du silence un moyen de salut (« si tu parles beaucoup tu n'éviteras pas le péché ») ; Bossuet l'a commentée devant les Ursulines de Meaux ; Marc Fumaroli montre que les tableaux du XVIIᵉ siècle portaient du silence que nous n'entendons plus, avec trop de monde dans les musées et un vocabulaire perdu. Le silence se partage, et il révèle la relation : le silence de l'amour (Maeterlinck, Le Trésor des humbles), de l'amitié (Péguy), de la haine (Frédéric Chauvaud, Histoire de la haine, le film Le Chat), le silence de Thérèse Desqueyroux (Mauriac), le silence des paysans, qui gardent la stratégie familiale, et celui de la cour (Fénelon, M. de Pourceaugnac), disciplines d'une société où l'on réserve sa parole.

Apprendre le silence, tragique du silence. « Nous sommes tous quelque chose des artisans du silence. » Aujourd'hui, les mêmes individus font un fracas en boîte de nuit et exigent le silence dans le TGV : une intermittence des seuils de tolérance. Éduquer au silence passe par des disciplines (jésuites, Troisième République ; Alain : le silence est contagieux comme le rire), mais le silence imposé donne envie de crier, d'où la différence entre le silence subi et le silence choisi. L'ouvrage se termine sur le plus tragique des silences, celui de la terre morte (poème de Vigny), reflet de notre anxiété contemporaine d'un silence à venir.

Excerpts

“« le silence c'est pas l'absence de bruit »”

“« l'histoire du silence est aussi l'histoire des textures du silence »”

“« nous sommes tous quelque chose des artisans du silence »”