Dastur, Françoise & Cabestan, Philippe & Bouyssi, Nicolas
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Core ideas
L'émission part de la fable d'Hygin citée au § 42 d'Être et Temps : le Souci façonne l'homme dans l'argile, Jupiter lui donne l'esprit, la Terre réclame le corps, et Saturne décide que le Souci le possédera tant qu'il vivra et qu'il s'appellera homo, d'humus. Françoise Dastur explique que Heidegger cherche un « témoignage » préscientifique sur l'être de l'homme plutôt qu'une définition biologique ou psychologique. Le souci désigne l'être même de l'homme et rompt avec la définition de l'« animal rationnel », composé d'animalité et de raison, ainsi qu'avec la philosophie de la vie. Contre Derrida, l'homme serait plutôt « l'animal qu'il n'est plus », un existant toujours en relation avec autre chose que lui. Philippe Cabestan distingue le sens courant de « se faire du souci » du sens existential : la structure qui réunit existence, facticité et déchéance, et qui renvoie au temps. Dastur rappelle que Sorge, comme le latin cura et l'anglais care, signifie à la fois souci et soin. Elle cite le « deviens ce que tu es » de Pindare et Nietzsche, l'« animal non encore fixé » et les sources augustiniennes. Elle situe l'homme heideggérien plus près de Marx, qui doit produire ses conditions d'existence, que de la perfectibilité de Rousseau. Cabestan insiste sur un être fait de possibilités « jetées », et non d'une indétermination des Lumières.
Une archive de Levinas salue « un exercice souverain de la phénoménologie » à l'origine de l'existentialisme. Cabestan rappelle que Heidegger récusait cette filiation, car sa question était celle de l'être, non celle de Sartre. Dastur insiste sur ce qui unit Heidegger, Sartre et Levinas : un homme défini par la relation, non centré sur lui-même. Interrogée sur le nazisme de Heidegger, elle refuse de mettre de côté les choix politiques des philosophes. Elle soutient cependant qu'un homme défini comme relation, indéfinissable d'avance et inexplicable par la biologie, est incompatible avec le national-socialisme, ce que Cabestan confirme. Sur la difficulté du texte, Dastur explique qu'il fallait une nouvelle grammaire après l'effondrement de l'idéalisme allemand et l'ère positiviste. Elle conseille de se laisser porter par les descriptions phénoménologiques (la curiosité, la déchéance, l'avenir). Cabestan trouve Heidegger moins illisible que Kant ou Lacan.
Après un extrait de Laurent Mauvignier, une femme qui soigne son mari malade, Cabestan affirme qu'il n'y a pas à séparer ontologie et éthique. Dastur rappelle que l'homme, « berger de l'être », prend soin de l'être, et distingue deux branches du souci : la préoccupation pour les choses, presque marxienne, et la sollicitude envers autrui. Elle oppose la sollicitude qui se substitue à l'autre à celle qui le devance et le libère, reprise par les psychiatres Binswanger et Medard Boss comme modèle du thérapeute qui donne au malade la possibilité de se prendre en charge. Elle conclut qu'il n'y a pas de « souci de soi » isolé : l'existence est toujours exposée aux choses et aux autres. Dans le journal, Nicolas Bouyssi présente Édouard Levé, qui décontextualisait les stéréotypes dans Reconstitutions et Journal, et sa réflexion sur le nom propre et la signature. Adèle Van Reeth signale aussi Éloge des hasards dans la vie sexuelle de Monique David-Ménard.
Excerpts
Françoise Dastur sur l'homme comme existant :
“la grande idée de heidegger c'est que l'homme n'est plus un animal je ne pourrais pas dire pour lui l'animal que je suis comme le dit derrida [...] mais il faudrait plutôt dire de l'homme que il est l'animal qu'il n'est plus il y a eu il y a eu rupture il ya eu écart par rapport précisément à la vie”
Françoise Dastur sur l'incompatibilité avec le nazisme :
“l'idée que l'homme est un être de relation l'idée que l'on peut pas le définir par avance l'idée qu' on ne peut pas en particulier l'expliqué en partant de la biologie [...] voilà ce qu'on trouve dans les traitant qui évidemment est absolument incompatible avec le national socialisme”
Françoise Dastur sur la véritable assistance :
“celui qui ne prend pas la place des malades n'essaye pas en quelque sorte de régler ses problèmes à sa place mais lui lui donne la possibilité par l'aide qu'ils lui apportent de les prendre en charge lui-même [...] la véritable assistance c'est ça n'est ce pas ce n'est pas faire les choses à la place de l'autre”